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Des tablettes dans les écoles primaires ? Il va falloir qu’on arrête là…

mercredi 12 février 2014

Ce 11 février 2014, la mairie de de la capitale sénégalaise a annoncé que « D’ici la fin de l’année, nous voulons que tous les élèves de Dakar soient dotés de tablettes et de wifi dans leurs écoles pour mettre l’école de Dakar au niveau de l’enseignement mondial, en dotant chaque école d’une classe numérique » [sic].

Ma première réaction a été de demander à ma femme si nous étions en période d’élections municipales ou si les dates se rapprochaient.

Cette nouvelle, qui ravira sans aucun doute le public général, me fait craindre que le Sénégal ne s’engage dans la terrible voie du « Buzz » vide de substance autour des TIC. Cette voie qui sacrifie toute réelle utilité au profit d’un bon coup de pub 2.0.

Ce chemin qui assure une place dans les cœurs des électeurs car ils se seront faits abuser par un acte qui semble bien intentionné, véhiculé par des titres tonitruants dans les journaux, comme celui-ci : « La mairie met des tablettes tactiles dans les écoles primaires de la ville de Dakar » .

Ce qu’il faut savoir c’est que les TIC représentent un train que l’Afrique ne peut se permettre de rater pour sortir de son gouffre. Nous ne pouvons prendre le risque d’accepter la médiocrité qui est généralement banalement balayée d’un revers de la main en disant « Ahhh les choses de l’Afrique » dans d’autres domaines.

Placer la charrue avant les bœufs.

Attention, ne vous méprenez pas. Je suis un grand fan de cette démarche qui, si bien gérée, peut s’avérer révolutionnaire ! Le problème est qu’elle me semble terriblement en inadéquation avec les besoins réels de la jeunesse sénégalaise dans le domaine des TIC. Aussi, si le projet n’est pas bien pensé, il aura l’effet inverse à celui recherché.

A l’annonce de la nouvelle, trois questions me sont venus à l’esprit :

- Pourquoi offrir des tablettes à des enfants qui n’auront pas le droit de les utiliser ?

Selon les propos du maire de Dakar M Khalifa SALL, après que les bambins aient fini de faire usage des tablettes, elles resteront dans les locaux de l’école « parce qu’il sera difficile de garantir son entretien à la maison. »…

Quel est l’intérêt pour un écolier de disposer d’une tablette s’il ne peut pas l’utiliser de manière « illimitée » ? N’était -il pas alors plus judicieux de proposer des tablettes subventionnées à la vente dans les écoles pour que les parents puissent les acheter et en être les détenteurs à plein temps ?

- Les tablettes seront-elles chargées de logiciels éducatifs ?

Et si oui, qui se chargera du développement de ces applications ? Le communiqué de presse publié par l’Agence de Presse Sénégalaise parle d’un partenariat avec l’opérateur Orange. Je ne suis pas le plus grand détracteur de la marque française, mais je sortirai quand même un carton jaune car elle ne se positionne pas, ou plus, au Sénégal comme un leader de l’innovation, mais plutôt comme un opérateur habitué à réagir pour conserver son avance. N’y a-t-il pas là une opportunité de faire appel à des talents locaux ? Attendons de voir.

- Qui s’occupera de la maintenance de ces tablettes et à quel coûts ?

Le Sénégal ne dispose malheureusement pas encore d’une usine de montage de tablette tactiles. Cela signifie que celles-ci seront importées. En cas de pannes, les écoles devront elles casquer elles-mêmes ou profiteront elles du support de la mairie ?

Après ces trois question, quinze autres me sont venues à l’esprit.

Félicitons donc la mairie pour cette initiative innovante, mais mon expérience du marché local me laisse dubitatif quant à la capacité des autorités à mener un projet de ce genre à bon port (qui a parlé du projet : »Un étudiant un ordinateur portable » ?).

Cependant, qu’est-ce que j’aimerais avoir tort…

Sadibou Sow

(Source : Afrique ITnews, 12 février 2014)

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