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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2016 > Janvier 2016 > Demba Diarra M’bodj, Président de l’Amicale des cadres de la Sonatel (Acson) (…)

Demba Diarra M’bodj, Président de l’Amicale des cadres de la Sonatel (Acson) : « Le Groupe Orange en Afrique est en retard en termes d’externalisation et de mutualisation de l’exploitation de son réseau »

samedi 16 janvier 2016

Sonatel/Orange

La Société nationale des Télécommunications (SONATEL) était sous les feux de l’actualité les dernières semaines. Une actualité portant sur les projets de transformation qui avaient fait sortir de leurs gonds les syndicalistes maison. Pour une meilleure compréhension de la question, Dakaractu s’est entretenu avec le président de l’amicale des cadres de la Sonatel (Acson), Demba Diarra Mbodj.

A travers cet entretien qu’il a bien voulu nous accorder, Demba Diarra Mbodj est longuement revenu sur le sujet de ces projets de transformation en cours qui ont fait l’objet des sorties dans la presse, aussi bien de la Direction Générale que des organisations syndicales.

Indiquant que les appels VoIP sur les principales messageries instantanées mobile, WhatsApp, Viber et Skype doivent se soumettre à un cadre juridique et réglementaire concerté et approprié pour que ces OTT ne pratiquent pas une concurrence déloyale vis-à-vis des opérateurs, le Président de ASCON n’a pas hésité à dire tout haut que « le Groupe Orange en Afrique est en retard en termes d’externalisation et de mutualisation de l’exploitation de son réseau. » Entretien...

Monsieur le Président, nous avons appris qu’il est envisagé beaucoup de projets de transformation à la SONATEL. Projets qui, d’après certains spécialistes des télécoms, risqueraient de mettre en péril la Sonatel. Pouvez-vous nous en dire un peu plus. Est-ce que justement ces risques dont on parle sont avérés ?

Les projets de transformation dont vous parlez sont des réponses stratégiques par rapport aux nombreuses mutations que subit le secteur des télécommunications. Il y va de la pérennité de notre entreprise. La Direction Générale apporte sa vision, ses orientations et les partenaires sociaux participent à cette réflexion. C’est normal que les partenaires sociaux jouent leur rôle d’alerte et de vigilance par rapport aux acquis sociaux, la pérennité des emplois. Personnellement j’aurai préféré que ces échanges se fassent en interne et non dans la presse, mais vous comprendrez qu’il existe une démocratie et un dialogue social au sein de Sonatel, laissant la liberté d’expression entière à ses partenaires. Il faut retenir que Sonatel est plus dans une logique de développement et de croissance externe que de démantèlement ou de perte de souveraineté ou de perte d’identité, tout autre discours viendrait en contradiction avec cette ambition. Nous vivons ces projets comme des leviers qui vont nous permettre de nous adapter à la transformation numérique et digitale, qui est marquée par une exceptionnelle vitesse de diffusion. Aujourd’hui, nous constatons le caractère exponentiel de l’accélération du rythme des innovations qui distingue fondamentalement la révolution digitale des autres révolutions technologiques précédentes. Cette révolution est brutale, rapide et considérée également comme disruptive, ce qui justifie que les efforts d’adaptation et de transformation soient mis en œuvre rapidement. Cette révolution induit un changement de paradigme dans le monde du travail. Elle dépasse les frontières de Sonatel qui aussi doit s’adapter, comme toutes les autres entreprises ; elle touche aussi l’Etat qui a déjà engagé une réflexion dans ce sens.

Le Groupe Orange en Afrique est en retard en termes d’externalisation et de mutualisation de l’exploitation de son réseau. En réalité, la plupart des opérateurs d’Afrique ont déjà externalisé l’exploitation de leur réseau. Là où le Groupe Orange se situe autour de 13% les plus performants sont entre 56 % et 100% (Smile 100%, Tigo 100%, Vodafone, Airtel 76%, Etisalat 64%, MTN 56%, Orange 13%). Quelques fois les chiffres parlent plus que de longs discours et illustrent le sens de l’histoire à venir. A titre d’exemple, sur un projet aussi majeur que le GNOC ( centre commun de mutualisation de la supervision du réseau cœur), le personnel et les partenaires sociaux sont d’accord à 100% sur la nécessité de sa mise en œuvre, l’unique point de divergence se situe sur le schéma c’est-à-dire sur le comment on doit procéder.

Donc vous confirmez que ces projets de transformation sont une nécessité ?

Absolument ! Aujourd’hui, la transformation est devenue une situation normale pour toutes les entreprises de notre secteur. Pour Sonatel, plus particulièrement, c’est devenu un prolongement de notre mode gestion, ce qui nous permet d’inventer de nouveaux processus, d’ajuster notre stratégie, les postures de nos managers, de nos collaborateurs pour assurer encore une fois la performance et l’agilité essentielles pour nos réussites individuelles et collectives. La Sonatel a impulsé des projets de transformation, menés en mode co construction avec l’ensemble du personnel sur des domaines aussi divers que la satisfaction de nos clients, l’expérience salariée, la vente, la logistique, la supply chain, la qualité de service technique etc. Malgré certaines réticences au début, les collaborateurs dans leur grande majorité ont compris cette nécessité compte tenu des menaces de notre environnement. J’ai constaté que la Direction Générale a largement expliqué les enjeux de ces projets de transformation pour Sonatel, sans jamais cesser de s’entourer de toutes les garanties pour rassurer les salariés concernés par cette transformation. Nous sommes conscients des inquiétudes, des préoccupations ou des angoisses que peuvent susciter de tels changements et c’est pour cela que depuis deux ans, les acteurs autour de ces projets ont, de façon continue, travaillé ensemble pour une prise en compte, la plus large possible, des attentes et des recommandations formulées. Ce qui démontre la qualité d’un dialogue social fécond à Sonatel. Le monde change à une vitesse supersonique et nous devons changer et nous transformer avec.

Pour résumer l’enjeu majeur de nos projets de transformation, je dirais qu’il s’agit de notre capacité à anticiper les changements permettant de parer les risques éventuels mais aussi de saisir les potentialités qu’ils recèlent, et être capables d’en initier d’autres. Par conséquent, ces projets de transformation du groupe Sonatel constituent des réponses aux mutations de notre environnement pour non seulement pérenniser notre entreprise, la plus sénégalaise des sociétés de télécommunications, mais pérenniser également sa performance. C’est aussi un moyen de continuer de créer de la valeur et de contribuer au développement économique et au progrès social du Sénégal, de Sonatel et de toutes nos parties prenantes. Ces transformations font partie de l’ADN de Sonatel qui, depuis ses premières heures s’est inscrite dans une dynamique d’amélioration continue et de cycles de transformations successives. On peut citer : séparation de la poste et des télécommunications, la privatisation, la libéralisation, les acquisitions de filiales, SAT3, ACE etc. A ce titre, nous sommes tous concernés, dans la mesure où il ne s’agit pas d’une problématique concernant uniquement SONATEL, mais du positionnement stratégique de l’Etat du Sénégal en matière d’émergence sur le secteur des télécommunications. Le rayonnement sous régional de Sonatel en tant que hub constitue pour les Sonatéliens et pour l’Etat du Sénégal un avantage concurrentiel pays et un réel motif de fierté à sauvegarder pour les générations futures. La création du centre commun de supervision et d’exploitation du réseau cœur (GNOC) au Sénégal est également une opportunité de création d’emplois pour notre pays. J’en profite, au nom des cadres, pour appeler la Direction Générale, à poursuivre un dialogue constructif et de confiance avec les partenaires sociaux et toutes les parties prenantes pour aboutir au meilleur consensus et à continuer dans cette dynamique de la concertation préalable pour nous permettre de continuer nos projets dans toutes leurs dimensions sans accuser du retard. Nous sommes convaincus que connaissant ces enjeux et cet environnement, ne pas engager ces transformations aujourd’hui, constituerait demain une faute grave et une responsabilité lourde, que nous devrons tous assumer devant les générations futures et devant l’histoire.

Les Over The Top (OTT) constituent aujourd’hui une véritable menace des opérateurs. Est-ce une réalité ?

Oui, les OTT comme vous dites, constitue des menaces mais aussi des opportunités. La question fait débat suivant les pays, les régulateurs et les opérateurs. Mais vu du client c’est clair que le développement des usages ne va pas dans le sens du recul de leur pouvoir d’attraction et de leur utilité. Maintenant il s’agit de perte et de destruction de valeur sur tout un pan de l’économie des télécommunications, où les modèles seront forcément revus et transformés. Après le Brésil qui vît ses opérateurs téléphoniques bloquer en décembre dernier les appels VoIP sur WhatsApp en raison d’une concurrence « déloyale » et de la baisse de leurs recettes sur les appels téléphoniques, le Maroc emboîte le pas : le régulateur a demandé aux 3 opérateurs (Maroc Telecom, Meditel et Inwi) de mettre un terme aux appels VoIP sur les principales messageries instantanées mobile, WhatsApp, Viber et Skype tant sur le territoire marocain qu’à l’étranger.

Nous pensons qu’il faudra mettre un cadre juridique et réglementaire concerté et approprié pour que ces OTT ne pratiquent pas une concurrence déloyale vis-à-vis des opérateurs dans la mesure où ils ne disposent pas de licences, ce qui est également un manque à gagner pour les Etats. A ce titre, ils devraient pouvoir se conformer aux obligations législatives et réglementaires régissant le secteur des télécommunications. Cette position a au moins le mérite de permettre à préserver les intérêts de nos Etats, d’assurer la survie de nos opérateurs. En matière de sécurité, en ces temps d’incertitudes, ce sont des brèches énormes que les pays gagneraient à contrôler...

(Source : Dakar Actu, 16 janvier 2016)

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