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Cyber où Sénégalais est persona non grata

lundi 22 octobre 2007

Usages et comportements

Il est connu, et bien connu que nombre d’internautes utilisent mal le moteur de recherches qu’est Internet. Mal, dans la mesure où des pratiques peu orthodoxe, sont la chose la mieux partagée. Et pour cause. Une randonnée qui nous a mené dans certains coins de la capitale, a bien révélé qu’au-delà de la forme et de la manière dont Internet est utilisé, une bonne partie des surfeurs y passent des heures interminables. Au bout du surf, débauche et arnaque. Pour cela, ou pour arriver à leurs fins, il existe bel et bien des cybercafé où les Sénégalais sont déclarés persona non grata. Les gérants n’étant autre que des étrangers, ou propriétaires étrangers, ou simples Sénégalais.

Il est presque 10 heures dans un quartier très calme de Dakar. L’un des principaux cybercafé, les mieux fréquentés, commence à recevoir ses premiers clients. Mais, ils ne peuvent pas prendre un nombre d’heures assez larges, pour la bonne et simple raison que le gérant te signale qu’il a déjà ses abonnés, qui ne devraient pas tarder à arriver. Chose dite, chose faite. À peine une heure après, un groupe de cinq personnes, tous des étrangers, débarquent et saluent le gérant, qui, apparemment, est devenu une connaissance respectée. Après un léger temps de répit, le gérant n’hésita pas à dire, « copain, il faut accélérer, parce que c’est la machine du gars ». Et petit à petit, ils commencèrent à prendre d’assaut le cyber, pour ensuite occuper toutes les machines. Leur principale activité consistant à aller à la recherche de victimes. Utilisant plusieurs facettes, ils vont à la chasse sur le net. Confirmation d’un jeune qui, tous les jours, fréquente ce cyber, au point de bénéficier d’un certain respect de la part de ces internautes d’une autre catégorie. « Moi-même, j’ai du mal à comprendre ce qu’ils font ou recherchent. Tellement qu’ils passent de temps devant les machines, et téléchargent assez souvent des choses bizarres, et très longues. Aussi, et encore très souvent, ils sont tellement contents qu’ils tapent dans les mains. Mais, je suis sûr d’une chose. Ce sont des arnaqueurs, et malheureusement, certaines personnes tombent dans leurs pièges ». Poursuivant ses propos, notre interlocuteur martèle encore, « ils ont également des logiciels. Mais je ne sais pas pour quoi faire ». Mis au parfum, c’est le cap vers d’autres cybercafés se trouvant dans d’autres quartiers. Trois au total, et toujours dans des quartiers très calmes de la capitale. Les gérants, tous, sont des étrangers. Et pas question de chercher à avoir une machine. Arrivés sur les lieux, c’est sans hésiter que nous entrons. L’accueil est assez sobre, avec des regards méfiants. D’autres ont même préféré réduire leur fenêtre. Avec un sourire au coin de la bouche, le gérant hocha la tête, histoire de nous demander ce que nous voulions. Bien sûr, une machine pour surfer. Avec un fort accent, il nous fît comprendre que toutes les machines étaient occupées ou déjà réservées. Bizarre. Peut-on attendre ? Réponse négative. Même topo, dans presque tous les cybercafés que nous avions repérés. Même jusqu’à des heures tardives dans la soirée. Le Sénégalais y est tout simplement déclaré persona non grata. À défaut, impossible de prendre plus d’une heure. Sinon, faut-il les intégrer au point de nouer avec le gérant étranger ou Sénégalais un certain contrat de confiance. Et après enquête auprès de certains jeunes, à l’unanimité, c’est l’arnaque au bout du ...surf.

Abdoulaye Mbow

(Source : L’Office, 22 octobre 2007)

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