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Chers ministres, le code n’est pas l’avenir de l’Afrique !

mardi 23 janvier 2018

Depuis un certain nombre d’années, on voit se multiplier partout en Afrique des “Journées Nationales des TIC”, portés et promus par des ministres de l’Economie Numérique qui veulent de plus en plus nous faire croire que le numérique ou le digital serait la réponse à tous les maux de l’Afrique.

Ces ministres veulent nous faire croire que l’éducation à la programmation informatique serait la solution miracle pour le développement de l’Afrique, des thèses sûrement inspirées des réussites des géants du net tels que Facebook, Google, Amazon et autres. Chers ministres de l’Economie Numérique africains, ces entreprises sont portées par des personnes ayant bénéficiés de systèmes de formation performants, or aujourd’hui 38% des adultes dans nos pays (soit 153 millions d’habitants) sont analphabètes. Pour ceux ayant accès à une école, il faut très souvent faire face à un grand taux d’absentéisme du personnel enseignant ou faire cours dans des infrastructures vétustes.

Au-delà de l’accès, la qualité des formations est aussi à interroger. On trouve énormément de jeunes qui entament des études secondaires sans réellement savoir lire et compter, éléments de base pour l’apprentissage. L’offre de formation en Afrique aussi serait à revoir car pour former de bons codeurs, peut-être qu’il faille déjà donner une meilleure visibilité aux formations scientifiques et non pas celles qui ont pignon sur rue dans nos universités : sociologie, psychologie, anthropologie, philosophie et autres. On assiste ainsi chaque année à l’arrivée sur le marché de l’emploi de plus de 12 millions d’africains dont la formation pour la plupart sont inadéquates par rapport aux besoins des entreprises.

Chers ministres, même si nous devons former nos jeunes aux codes, faudrait peut être penser à mettre en place des politiques publiques favorisant leur formation et insertion professionnelle. Certains d’entre vous lancent des campagnes “Un étudiant, Un ordinateur” qui ne sont que des initiatives conçus à des fins électoralistes car au regard de la qualité du matériel distribué aux étudiants, on se pose la question de la nécessité de l’investissement si ce n’est pour de l’achat de conscience. Pour les plus fortunés qui souhaitent peuvent faire venir des équipements informatiques de qualité de l’étranger, même les exonérations de TVA qui étaient alors accordées sont maintenant en train de sauter.

Si tant bien que l’on ait accès à de l’équipement de pointe, sans énergie, tout cela ne servira à rien. Il est encore bien fréquent de subir des délestages de plusieurs heures, voire plusieurs jours dans les grandes capitales africaines. Selon la Banque Africaine de Développement, ce sont plus de 600 millions d’africains qui manquent d’accès à un réseau électrique, soit 50% de la population africaine. L’accès en lui-même ne garantie rien, il faudrait encore que le service soit fiable, stable et continue, ce qui n’est pas le cas dans la grande partie de nos pays.

Chers ministres, comme le disait feu Felix Houphouet Boigny concernant la Côte d’Ivoire : “le succès de ce pays repose sur l’agriculture”. Il ne serait pas imprudent d’étendre cette citation à l’Afrique entière tant ce secteur est fournisseur d’emploi sur le continent (environ 60%). L’Afrique dispose de 60% des terres arables inexploitées mais importe encore plusieurs dizaines de milliards de produits alimentaires chaque année. L’une des causes étant le faible taux de rendement de nos exploitations agricoles et de l’obsolescence des pratiques et outils.

Chers ministres, comment se lancer dans le code lorsqu’il manque d’infrastructures médicales pour soulager le mal de dos, le mal de tête, la baisse de la vue,etc… ; maux fréquents chez les développeurs informatiques ? Qui deviendra codeur quand on assiste encore à des centaines de milliers de décès pendant l’accouchement, liés très souvent au manque d’équipements ou personnels adéquats ? En 2014, l’OMS publiait un rapport révélant qu’il y a 90 infirmières et sage-femmes pour 10.000 habitants dans les pays à revenus élevés contre seulement 2 pour plusieurs pays d’Afrique.

Oui le numérique peut contribuer à combler ces manques mais ne mettons pas la charrue avant les boeufs. Aucune économie n’a connu un développement durable sans assurer certaines bases : sécurité alimentaire, offre de formation de qualité, accès à l’énergie et aux infrastructures sanitaires. Commençons à assurer un accès à une éducation de base et de qualité à tous. Développons des cursus qualifiants en accord avec les défis actuels du continent, notamment les formations techniques : agricoles, médicales, énergétiques, etc. Nous avons besoin de jeunes formés dans les Sciences, la Technologie, l’Ingénierie et les Mathématiques. Ceux-là pourront ensuite penser l’innovation africaine, une innovation au prise avec les réalités des populations autour d’eux et non pas une énième copie d’une quelconque plateforme américaine. Ils pourront utiliser le numérique et le code comme les outils qu’ils sont et non pas comme une fin en soi.

A force de parler de “Numérique en Afrique”, on pourrait croire que des 1 et des 0 une fois plantés peuvent donner du manioc.

(Source : L’Afrique des idées, 23 janvier 2018)

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