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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2017 > Avril 2017 > Cameroun : Internet de retour dans les zones anglophones, enfin délivrées

Cameroun : Internet de retour dans les zones anglophones, enfin délivrées

vendredi 21 avril 2017

Liberté d’expression/Censure de l’Internet

Cela faisait 93 jours que 5 millions de Camerounais des zones anglophones étaient privés d’Internet. C’est désormais un mauvais souvenir. Les Camerounais de régions anglophones peuvent désormais se reconnecter à Internet après en avoir été privé pendant trois mois en raison de la grogne sociale dans ces zones. La connexion est rétablie mais la note est très salée pour les comptes de l’Etat. En plus du rabotage des recettes dû à cette coupure prolongée d’Internet, se pose la question de la libération des leaders de la contestation arrêtés et emprisonnés depuis l’éclatement de la crise.

C’est peut-être la décision de la délivrance. Paul Biya, le président camerounais a fini par céder aux hashtags et mouvement de contestation contre la coupure d’Internet. Il a donné instruction au Ministère des Postes et des Télécommunication pour le rétablissement de la connexion à Internet dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest du pays, indique un communiqué relayé par la CRTV, la télévision nationale camerounaise.

93 jours de coupure et une facture salée

Trois mois de vociférations, des marches étouffées dans l’œuf par des arrestations de leaders de la contestation et au final, un retour d’Internet qui soulage une population coupée du reste du monde. Ce jeudi 20 avril vers 18 heures, la connectivité a été rétablie dans les régions contestataires du nord et sud ouest.

Début janvier dernier, le nord-ouest et le sud-ouest du Cameroun étaient devenus les foyers d’une grogne sociale qui s’était mue en mouvements de contestation contre la marginalisation par le pouvoir central de cette partie du pays. Après plusieurs marches matées par la répression policière, la contestation s’était déplacée sur les réseaux sociaux, devenus les exutoires des suppliques.

En réponse à la contestation, le pouvoir camerounais a joué la carte de l’« intégrité territoriale » du pays et accuse les leaders de la contestation d’instrumentaliser les réseaux sociaux pour inciter « à la haine, et à la perpétration d’actes de violences et d’exactions de toutes sortes, contre les populations ». Les autorités camerounaises ont alors pris la décision de couper Internet au début de l’année 2017.

Le débranchement du câble aura certes servi à museler les régions anglophones, mais la facture est très salée pour l’Etat camerounais. Selon les projections de l’ONG Internet Sans Frontières (ISF), la coupure prolongée d’Internet aura coûté la bagatelle de 1,3 million de dollars soit 827,4 millions de franc CFA.

Un rétablissement hautement politique, la carte de l’apaisement

Avec le rétablissement d’Internet, le pouvoir joue la carte de l’apaisement. Il suffit d’une étincelle pour que le feu de la contestation embrase à nouveau la région. Bamenda, capitale de la région anglophone, accueille pendant le week-end, les Jeux universitaires. Avec le nombre de jeunes qui est attendue, le risque est en effet grand de voir le mouvement d’humeur prendre de l’ampleur et se transformer en révolte.

Le geste d’apaisement du pouvoir a dû être accueilli avec un grand soulagement dans les régions anglophones restées trop longtemps coupées du monde. Mais si le pouvoir veut ramener définitivement la paix sociale, il devrait songer à libérer les leaders de la contestation, embastillés pour avoir été les porte-voix de revendications d’inclusivité. Au-delà, il devrait prêter une oreille à leurs doléances et engager de vraies réformes pour éteindre le feu qui couve.

Ibrahima Bayo Jr.

(Source : LaTribune Afrique, 21 avril 2017)

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