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Bakar Ndiaye, inventeur d’un logiciel électoral : « Nous sommes gouvernés par des médiocres qui veulent frauder »

samedi 1er août 2015

Bakar Ndiaye est un expert électoral en biométrie. Chercheur, spécialiste du vote électronique, il a mis au point un logiciel. Un logiciel qui répondrait aux attentes des acteurs politiques qui ne cessent de dénoncer des fraudes dans le fichier électoral. Son invention, rassure-t-il, permet de regrouper toutes les élections faites au Sénégal en un seul scrutin. Et cela ne coutera pas à l’Etat 5 milliards de F Cfa.

Vous êtes un expert électoral en biométrie. Nous avons appris que vous avez inventé un logiciel. Que pouvez-vous nous dire sur votre invention ?

Effectivement, j’ai mis au point un logiciel. C’est le fruit d’une recherche qui a duré plus de deux décennies, pratiquement depuis 1990. J’avais commencé au niveau de l’état civil, puis la gestion de la variable population. Après cela a progressé jusqu’à arriver au niveau du vote, puis la gestion du fichier électoral.

Aujourd’hui des acteurs politiques dénoncent des fraudes dans la gestion du fichier électoral. En tant qu’expert électoral, que pensez-vous de ce fichier tant décrié ?

La manière dont le Sénégal procède au vote ne me convainc pratiquement pas. Parce que les choses évoluent au plan mondial et on ne parle que du vote électronique. Pratiquement, le vote manuel, actuellement en cours, est source de contentieux. C’est un système qui comporte toujours des possibilités de frauder. Seuls les experts qui ne comprennent pas comment fonctionnent les élections, disent qu’on ne peut plus frauder. Même dans les plus grands pays démocratiques comme les Usa et autres, il y a la fraude électorale. Et avec le vote manuel, comme cela se fait au Sénégal, il y a toujours des possibilités de frauder.

Donc vous pensez qu’il existe des possibilités de frauder au Sénégal ?

Il y a trois voies principales pour frauder. Au niveau du fichier principal, on en parle toujours, la base du fichier électoral, c’est l’état civil. Quand dans un pays, l’état civil n’est pas fiable, mais tous les fichiers dérivés de l’état civil ne peuvent pas être fiables, non plus. Comme je le dis, d’une source polluée, on ne peut pas puiser de l’eau potable. Et la source polluée, c’est l’état civil même. C’est à partir de l’état civil qu’on crée le fichier des cartes nationales d’identité. Lequel s’appelle le fichier de la population électorale. C’est à partir de ce fichier qu’on crée le fichier électoral. Si le fichier-mère n’est pas bon, on sait comment ça se passe. Donc, voilà une source principale. Une personne peut avoir 2, 3, ou 4 extraits de naissance différents et 3, 4 cartes d’identité et s’inscrire autant de fois au niveau du fichier électoral. On a autant de possibilités d’avoir des pièces d’identité différentes. Et autant de possibilités d’exister dans le fichier électoral. Là, c’est une voie.

Et les deux autres voies ?

La deuxième voie, c’est la carte électorale. C’est-à-dire la représentation des bureaux de vote sur le terrain. Il y a deux types d’élections. Il y a ce qu’on appelle les élections locales. A ce niveau, il y a peu de possibilités d’implanter des bureaux de votes fictifs. Mais dans ce qu’on appelle les élections générales, comme par exemple la présidentielle ou les référendums, l’Etat, l’administration, n’est pas obligée de suivre les découpages des collectivités locales. Le ministère de l’Intérieur peut implanter n’importe où des bureaux de vote. Donc là, il y a un foisonnement de bureaux de vote. Et pour éviter qu’il y ait ces bureaux de vote, il faudrait que ces parties qui concourent à la magistrature suprême puissent être présentes au niveau de tous les bureaux de vote. Et cela n’a jamais été le cas au Sénégal (…). J’ai la preuve que la Cena (Commission électorale nationale autonome) n’a jamais été présente au niveau de tous les bureaux de vote. Soit elle est présente et elle est complice de fraude. Je dis bien, elle est complice de fraude électorale ou bien il y a une carence au niveau du déploiement de son système. Ce sont des preuves qui me viennent de l’administration chargée de gérer les élections sous le sceau de la Cena. Donc, c’est quelque chose de vérifiable.

Et vous pensez maintenant que votre invention est capable d’apporter les solutions adéquates et écarter toutes possibilités de frauder ?

Je vous dis, avec le système manuel de vote, toujours il y a une possibilité de frauder. Si vous voyez que maintenant, on est en train d’aller vers un système, comme j’ai dit au niveau du vote de l’Assemblée nationale, vers un système hermétique, automatisé c’est pour pouvoir verrouiller. Je peux donner un exemple :dans le système que je viens de breveter, c’est le seul système au monde où on organise des élections sans fichier électoral, sans carte électorale et sans procès-verbaux. Il n’y existe aucun moyen de frauder. Et je vous dis une chose, c’est le système le moins couteux au monde. On peut regrouper toutes les élections faites au Sénégal en un seul scrutin. Et cela ne coutera pas à l’Etat 5 milliards de F Cfa. Vous avez entendu, on disait que le référendum va couter 13 milliards. Alors qu’avec 5 milliards de F Cfa, on organise, je vous dis, le référendum, la présidentielle, les élections locales avec ce système.

Avez-vous informé l’Etat sur votre invention ?

En effet, cela a été fait. Nous avons envoyé une lettre aux autorités. Vous savez, l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (Ompi) quand elle publie une invention normalement, les autorités du pays d’où provient l’inventeur devraient être informées. Je ne peux pas lier le nom de mon pays à une invention qui sera présentée au niveau mondiale, dans les plus hautes sphères de l’innovation, sans que les plus hautes autorités de mon pays ne soient informées. C’était uniquement dans ce sens que j’ai écrit une lettre pour informer le président de la République que ce qu’on cherchait dans le monde, même les Usa n’y sont pas encore parvenus, ni toutes les grandes puissances de ce monde qui se sont lancé dans les recherches pour le vote électronique., j’ai réussi à l’inventer Nous sommes les seuls. Et ce n’est pas une machine. C’est un logiciel, une première mondiale qui transforme n’importe quel ordinateur en bureau de vote. Actuellement ce qui se fait dans le monde, c’est que des multinationales ont fabriqué des machines, mais ces créations ne peuvent pas faire ce que mon logiciel est capable de faire.

Sur quoi vous fondez vous pour avancer cela ?

C’est parce qu’avec ce logiciel, les sourds, les muets, les aveugles, les analphabètes, etc. tous, votent de la même manière. Même si vous n’avez pas de main ou de bras, vous pouvez voter. C’est un système multimédia où l’on utilise les sens. Et le vote se fait en moins d’une minute. Avec les 6 élections regroupées, les électeurs votent en moins d’une minute.

Pourquoi donc le président de la République tarde-t-il à vous recevoir ?

Bon moi, ce que je soupçonne, c’est que l’Etat est dans une logique de fraude. Quelque part, on me reproche d’être cet expert qui parle de tout ça et qui, après, a disparu. J’ai des raisons de disparaitre. J’étais dans les recherches. Maintenant, c’est fini. Et c’est à l’honneur de mon pays. Et j’aimerais que la première autorité soit informée. Que je l’informe ou pas, il sera informée parce qu’il sera saisi par un organisme international, un organisme mondial, le seul qui existe. Et mon travail sera publié. Et en ce moment là, quand il sera interpellé par le sommet qu’est ce qu’il va dire ? (il se répète). Qu’il n’est pas au courant que c’est un Sénégalais qui a crée telle ou telle autre chose ? Une invention que convoitaient les Usa, l’Angleterre, la Chine, le Japon, la Russie ?

Vous voulez dire que toutes ces grandes puissances étaient sur le coup ?

Il y a 165 pays qui étaient dans cette affaire-là. Et Dieu a voulu que c’est au Sénégal que cela se fasse. Le fait que les autorités ne veulent pas que les Sénégalais soient au courant de cette invention, parce que tout ce qui se dit actuellement comme le coût des élections, la tricherie … avec ces élections, il n’y a plus de possibilité de tricher. Et si les trois élections vont nous couter presque 40 à 45 milliards, avec ce système, l’Etat ne mettra pas 5 milliards pour gérer toutes ces élections.

Vous pensez que l’Etat a tout intérêt à attacher une importance à votre invention ?

En effet, parce que, voilà un moyen qui lui permet d’économiser plusieurs milliards de F Cfa, de se faire des réserves pour faire face à d’autres problèmes sociaux qui se posent. Mais non. L’Etat préfère essayer de faire passer sous silence le résultat de mon travail. Mais il ne peut pas, parce que cela se trouve entre les mains de ceux qui commandent le nouvel ordre mondial. Les autorités sénégalaises n’y peuvent absolument rien. Ce que je voulais, c’est que mon pays prenne en charge cette affaire-là. Parce que c’est mon pays qui va être honoré. Si le président ne veut pas me recevoir, moi cela ne me gêne pas. Moi je ne cherche pas un poste. Si c’est un problème de richesse, ce brevet m’apporte tout ce que je veux. Donc, ce n’est pas un poste, mais c’est un problème d’honneur pour mon pays. Et si l’Etat prend en charge ce système, c’est lui qui y gagne. Mais du point de vue politique, cela ne les arrange pas. Ils sont dans une logique de fraude.

Plusieurs personnes soutiennent que Macky Sall n’est du genre à user de fraude pour avoir un second mandat

Le pouvoir, c’est le pouvoir. Moi je connais très bien les élections. J’ai dirigé toutes les missions d’audit. Je l’ai dirigé pour la mouvance présidentielle, je l’ai dirigé pour l’opposition et je l’ai dirigé pour la société civile. La coalition nationale de la société civile c’est moi qui étais leur expert. Macky Sall est arrivé au pouvoir parce que des hommes se sont battus. Moi, je me suis sacrifié. Quand je me sacrifiais sur le terrain, lui était Premier ministre et directeur de campagne de Wade. Et là j’ai risquée ma vie, j’ai dénoncé le système qu’il y avait. Et à partir de mes dénonciations, du combat que j’ai mené sur le terrain, des secrets que j’ai dévoilé, on est arrivé, avec la mobilisation de la population, à la deuxième alternance de notre pays. Ils sont là, mais ils comptent rester. Ils ont un plan à terminer. Mais je vous dis qu’au niveau de la Daf, ils sont dans une logique de fraude. Et je les défie. Nous sommes dans un pays de droit et je sais ce que je dis. Moi je dis que la fraude existe dans tous les Etats. C’est le système qui le permet. C’est ce qu’ils sont en train de faire avec la gestion des Cni et la révision des listes électorales, cela prouve que c’est une gestion médiocre. (…). J’ai parlé de ce qu’on appelle communément audit du fichier électoral. Mais en réalité, ce sont les profanes qui parlent d’audit. Un fichier on le met à jour. Ce que je demande est très simple. C’est le contrôle physique de ce qu’il y a dans le fichier. On parle d’un fichier électoral de 5 millions d’électeurs. Moi, je vous dis que le fichier ne fait pas 4 millions d’électeurs physiquement identifiables. On n’a qu’à aller vers le contrôle physique. Et vous allez voir que dans ce fichiers, il y a du n’importe quoi. Il y a même des décès. Et cela commence au niveau de la gestion de l’état civil. Si au niveau des déclarations des décès, ils faisaient la remontée vers la Daf, pour mettre à jour les fichiers, il n’y aurait pas de problème. Mais cela ne se fait pas. Ils parlent de la biométrie pour sécuriser, mais cela n’a jamais existé. C’est un combat que j’ai toujours mené et maintenant les faits m’ont donné raison. La nouvelle administration au niveau du ministère de l’intérieur, avait récemment parlé de carte à puce. Comme je l’ai dit, chaque administration veut sa carte d’identité. Avec Wade c’était la biométrie, eux, ils voulaient faire la carte à puce. C’est des choses qui ne tiennent pas. En plus c’est des milliards de francs Cfa perdus. Ils sont dans une logique de tricher et de détourner les deniers publics.

Apparemment, vous en voulez aux autorités sénégalaises ?

Je puis vous dire, bien avant que cette invention n’aboutisse à un brevet, j’avais des propositions de grandes multinationales au plan mondial qui m’offraient tous, ma famille, moi et même mes collaborateurs. Elles étaient prêtes à nous donner la nationalité et à nous héberger. L’essentiel c’est que le brevet soit présenté sous le nom de leur multinationale. Et j’ai refusé. Ceux qui partent ailleurs ont raison de le faire. Au Sénégal, on ne fait que parler. C’est le griotisme. Ce sont les laudateurs qui sont favorisés en face de ceux qui réfléchissent pour faire avancer les choses. Je vous donne mon exemple. C’est une déception que j’ai envers mon pays. Je me suis sacrifié. J’étais un patron, le responsable informatique dans une très grande société au Sénégal. J’étais un jeune cadre, j’avais tout ce que je voulais. Mais, à la fleur de l’âge, j’ai tout laissé. J’ai consacré une trentaine d’années dans la recherche pour aboutir à ce brevet, uniquement pour cet honneur pour mon pays. Et au finish qu’est ce qu’on me dit : « Nous n’avons pas le temps ». Au Sénégal, le seul critère de compétence, c’est l’incompétence. Nous sommes gérés par des médiocres, il faut le dire, cause pour laquelle le Sénégal, c’est comme un arbre à palabre. On passe du matin au soir à parler, sans se concentrer sur l’essentiel.

C’est triste pour mon pays. Ce n’est pas de la rancœur, mais c’est de la désolation. Je suis déçu. Et vraiment j’aimerais bien que la matière grise que compte notre pays, au moins que cette matière grise s’investisse dans la politique. Parce que si on n’a pas les hommes qu’il faut à la place qu’il faut, ce sont les médiocres qui vont occuper ces postes-là. Et c’est ce qui se passe dans ce pays actuellement. Mais là, ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas rancunier. J’en profiterais pour rappeler juste que le système est en train d’opérer un bouleversement au niveau mondial. Tout ce qui existait en matière électorale, le système l’a complètement changé. On n’a jamais entendu depuis que des élections existent sur cette planète, une élection sans fichier électoral, sans carte d’électeur et sans procès-verbaux. Il n’y a en pas. Donc tout ce qui existait mon invention l’a complètement mis de côté. Un bouleversement total et le système est près à durer plus de 300 ans avant de trouver un système pour le remplacer.

Youssoupha Mine

(Source : Seneweb, 1er août 2015)

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