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Bakar Ndiaye, informaticien, expert en audit de fichier : « Je maintiens qu’il y a des failles sur le fichier électoral »

vendredi 13 avril 2012

Bakar Ndiaye, ce nom vous dit sûrement quelque chose. Si vous ne vous en souvenez pas, c’est l’informaticien, expert en audit de fichier, qui avait mis les pieds dans le plat électoral de Me Wade en révélant des plans de fraudes qu’aurait ourdis la Coalition « Fal2012 » pour gagner la Présidentielle. Quelques semaines après la défaite du Pape du Sopi, L’Observateur est encore allé à la rencontre de celui qui avait défrayé la chronique à l’époque et l’homme campe toujours sur sa position.

A la veille de la Présidentielle de 2012, vous avez été invité dans les rédactions des journaux, sur les plateaux de télé pour alerter sur des possibles cas de fraudes que préparerait la Coalition de la majorité présidentielle. A l’arrivée, rien de tout cela ne s’est passé, les élections se sont bien déroulées et le candidat des « Fal2012 » a été battu. Comment analysez-vous cette situation ?

Effectivement, j’avais émis des doutes et des réserves concernant ce fichier. Et ces réserves datent de 2005, depuis la refonte du fichier électoral. C’est un fichier qui n’a jamais été fiable et qui renferme toujours des écueils. Il y a eu une dernière mission d’audit qui s’est tenue avec des partenaires comme, l’Union européenne, l’Allemagne et les Etats-Unis. Mais, il faudrait vraiment éclairer la lanterne des Sénégalais, cette mission d’audit s’est soldée par un échec parce qu’on n’a jamais pu faire la mise à jour de ce fichier. On n’a pas une seule fois touchée les enregistrements qui sont dans ce fichier.

Quand est-ce que cette mission d’audit a été tenue ?

C’est la dernière mission d’audit de 2010/2011. C’est l’audit qui a précédé la Présidentielle de 2012 avec l’Union européenne qui a envoyé des experts ici. Cet audit s’est soldé par un échec. Entre le premier et le second tour, l’Union européenne a reconnu 130 000 électeurs décédés qui sont restés dans le fichier. Ce qui prouve nettement qu’il y a des déchets, si je peux m’exprimer ainsi.

Mais malgré tout cela les scrutins du premier et du second tour se sont bien déroulés. Cela ne semble pas avoir une influence sérieuse sur le vote ?

Cela a eu une influence très négative sur le vote, sur la méthode de gérer ce fichier et même sur le processus électoral, parce qu’au premier comme au second tour, on a évoqué le taux d’abstention très élevé. Ce n’est pas un taux d’abstention, mais un taux pléthorique d’électeurs virtuels, de personnes qui, physiquement, n’existent pas. Et ce « stock-mort » est toujours utilisé avec la création des abris provisoires. C’est ce « stock-mort » qu’on voulait utiliser pour pouvoir détourner le vote des Sénégalais pour créer des procès-verbaux fictifs et favoriser un candidat. C’est ce qu’ils n’ont pas pu faire lors du second tour après notre sortie sur la Tfm où on a recensé tous les abris provisoires, dénoncé ce qui existait à Touba et alerté les électeurs qui sont impliqués pour aller se placer devant les abris provisoires. Raison pour laquelle, ces électeurs virtuels qui existaient dans le fichier n’ont pas pu être ventilés vers les abris provisoires. Mais là, je maintiens ce que j’ai toujours dit et si vous voyez que cette polémique existe, c’est que ce sont souvent des non professionnels qui parlent de ce fichier. La dernière fois, j’ai vu un constitutionnaliste qui disait que le fichier était fiable et techniquement, il n’a aucun outil pour le vérifier. La gestion du fichier est une affaire informatique. Il faudrait des experts et des professionnels de l’informatique pour se prononcer dessus, de la refonte totale du fichier de 2005 avec l’introduction de la biométrie parce qu’avec la biométrie, on devrait avoir un fichier fiable. On ne devrait pas avoir des décédés et des doubles là-dedans. La biométrie n’a jamais fonctionné et je l’ai démontré lors d’une émission sur la télé Walfadjri. Je l’avais demandé et j’espère que les nouvelles autorités vont faire l’audit financier et technique du fichier, parce qu’on a dépensé plus de 33 milliards FCfa pour rien du tout.

Mais comment expliquez-vous le fait que le Pds qui cherchait par tous les moyens possibles à gagner cette élection n’ait pas recours aux plans de fraudes que vous annonciez ?

C’est très simple, parce qu’on a indiqué là où ils pouvaient agir pour créer des procès-verbaux fictifs. Ce qu’ils avaient fait en 2007. Les résultats de 2007, nous les avons. Et sur ces bureaux de vote, nous voyons un inscrit pour 300 et quelques votants. Si ces procès-verbaux passaient par la voie normale, c’est-à-dire la Commission de centralisation nationale des votes, il allait être déchiré.

Est-ce que vous avez des preuves de vos accusations ?

J’ai des données fiables qui expliquent cela. J’ai invité tous les experts qui ont une position contradictoire à la mienne pour qu’on se retrouve à la Direction de l’automatisation du fichier (Daf). Les fichiers et les données sont là. Le fichier actuel ne fait pas 3,5 millions d’électeurs identifiables physiquement sur le terrain. Ils parlent de 5 millions d’électeurs, mais c’est largement inférieur à cela et là, je défie tous les responsables de la Daf. D’ailleurs, le nouveau ministre de l’Intérieur avait dit que, dès qu’il sera installé, il va s’attaquer au fichier. Je l’attends, on va voir ce que le fichier va révéler.

A vous suivre, avec ce même fichier, on ne pourrait pas avoir des élections législatives fiables ?

En tant que technicien qui réfléchit sur des données fiables pour faire mon exploitation, tant qu’on n’aura pas fiabilisé toutes les données qui nous permettent d’aller vers des élections libres et transparentes, on ne pourra pas parler d’élections qui exprimeraient la volonté citoyenne de notre peuple. Parce que, jusqu’à présent, on est toujours devant la même nébuleuse qu’avec Wade. Ce sont les mêmes hommes qui étaient avec Wade qui sont à la base de la situation que nous sommes en train de vivre. Avec le même système, donc les possibilités de fraude sont toujours là. Et maintenant, c’est au peuple de se battre pour pouvoir récupérer son pouvoir. Il faudrait se donner le temps et ne pas s’empresser. En plus de cela, le Président nouvellement élu avait promis des modifications de la Constitution. Pourquoi ne pas se donner le temps, aller à la fiabilisation de notre processus électoral, aller à un référendum et après cela, mettre en place un processus législatif. Je ne comprends pas pourquoi on va aller à d’autres élections sans régler cela.

Macky est obligé de respecter le Calendrier républicain ?

Moi, je préfère qu’on se donne le temps et après, qu’on ne parle plus d’élections truquées, pour qu’on ne puisse plus avoir la possibilité de discuter sur les résultats qui sortiraient des urnes. Le peuple a souffert pendant ces 12 années. Mais, la chance est venue, une nouvelle alternative est là. Profitons-en pour mettre en place toute la procédure nécessaire pour une bonne gestion de notre procédure électorale. Après la Présidentielle, les gens se sont dit : « Le fichier est fiable. C’est avec ce fichier que l’opposition a gagné les Locales de 2009 et c’est avec lui qu’il y a une nouvelle alternance. Mais, c’est faux. Le fichier n’est pas fiable. Et je l’ai prouvé à plusieurs reprises. Il faut qu’on donne le temps à ces informaticiens pour qu’ils se réunissent et fassent l’inventaire du fichier : sortir les griefs et faire des propositions de solutions. Tant qu’on n’aura pas cette assemblée pour discuter du fichier et des questions autour de notre processus électoral, il y aura toujours ce débat sur la fiabilité du fichier. Il faut qu’on s’arrête un instant sur ce problème. Le Sénégal ne peut plus reculer actuellement avec ce qui vient de se passer lors de la Présidentielle 2012.

Est-ce qu’aujourd’hui c’est dans l’intérêt de Macky Sall de régler ce problème du fichier électoral ?

Macky Sall est obligé de le faire. Macky Sall, en tant que Premier ministre, je l’ai dit d’ailleurs avant cette Présidentielle, était là, en 2007, quand on mettait en place cette nébuleuse. Il était le Premier ministre et Directeur de campagne du candidat Abdoulaye Wade. Il n’a aucun intérêt à continuer à gérer une nébuleuse. Il s’en est sorti lors de cette Présidentielle, mais cela ne veut pas dire que le fichier est fiable. Il s’en est sorti d’abord grâce aux Sénégalais qui se sont dit qu’on ne veut plus de bureaux de votes fictifs et de procès-verbaux de complaisance. C’est ce qui nous a sauvés. Et si vous avez fait la remarque, au 1er tour de la Présidentielle, on était à plus de deux millions cinq cent mille (2,5 millions) électeurs et c’est le même nombre d’électeurs qu’on a eu au second tour. Il n’y a pas eu de fort taux d’abstention comme le soulignent certains, j’avais déclaré bien avant qu’il y avait plus d’un million trois cent mille (1,3 million) électeurs fictifs dans le fichier. Faites la soustraction avec les 5 millions d’électeurs annoncés officiellement, vous aurez ce nombre-là. Ce qui prouve qu’il n’y a pas eu de taux d’abstention, c’est le fichier électoral qui ne fait pas cinq (5) millions d’électeurs et Macky Sall n’a aucun intérêt à maintenir une situation pareille. Je ne peux pas confirmer qu’il faisait partie de ceux qui ont comploté sur le dos du peuple sénégalais, mais il était là, il était le chef de ceux qui ont fait cette fraude-là. Et aujourd’hui, avec l’engagement axé sur la bonne gouvernance et la transparence qu’il a pris devant le peuple sénégalais, il a l’obligation de se pencher sur ce sujet avant tout.

« Ousmane Ngom, Serigne Mbacké Ndiaye, Iba Der Thiam et Mame Mactar Guèye sont allés voir mon marabout pour me faire taire »

Macky Sall n’a jusque-là rien dit par rapport au fichier ?

Oui, mais c’est à nous, Sénégalais, de nous battre. Le pouvoir nous appartient, il n’appartient pas aux dirigeants. Nous ne devons pas accepter d’être usurpés. Ce que je conseille à Macky Sall, c’est de faire tout pour un processus électoral valable. Sans le respect de son engagement d’auditer le fichier, toutes les autres décisions qu’il va prendre seront vaines, parce que le vote des Sénégalais pourrait toujours être détourné par des personnes au pouvoir.

Pour vous, qu’elle est la solution à tout ce débat au tour du fichier électoral ?

Je l’ai ébauché tout à l’heure. Les meilleurs informaticiens africains sont des Sénégalais. C’est un problème d’informatique. On n’a qu’à convier tous les experts autour de la question, leur demander de venir au chevet de notre fichier électoral. Ils savent ce qu’il y a. Il faut répertorier tous les griefs et que les experts proposent des solutions. La solution existe et on peut la mettre en œuvre, et en moins de trois mois, fiabiliser complètement le fichier électoral.

Est-ce que l’Etat a les moyens de financer tout ce travail-là ?

Il y a nos partenaires de l’Union européenne qui ont proposé, avant la campagne du premier tour, 3 milliards de francs Cfa à l’Etat du Sénégal pour prolonger l’inscription sur les listes électorales. On n’a même pas besoin de cette somme pour faire cette opération. C’est une opération que l’Etat peut prendre en charge. Il suffit de faire un contrôle physique des électeurs à partir des quartiers et villages. Si les personnes se présentent, on les pointe et là, on verra si les morts vont se ressusciter pour venir se présenter, c’est très simple. Ils savent que la solution est là et ça, je l’ai produit sur tous les rapports qui sont entre les mains de l’Union européenne, de l’Amérique et de l’Allemagne. Elle y figure en première page, mais le gouvernement de Wade n’a jamais voulu en tenir compte. Avec ces tricheurs, je ne pouvais pas m’attendre à cela, mais Macky Sall n’a pas le choix. Nous n’allons pas nous laisser faire. On va continuer à mener ce combat que nous avons toujours mené.

Qu’est-ce que cela vous a fait d’être sous le feu des critiques et, surtout, d’être traité comme « un marchand de fausses informations » après la Présidentielle qui s’est tenue sans couacs majeurs ?

Moi, j’ai donné des appréciations purement techniques. Si j’avais un discours politique, ou si j’avais dit des choses qu’on ne peut pas vérifier, j’allais être choqué. Depuis l’émission de la Tfm (Télé Futurs Médias) sur le fichier électoral, toutes les hautes autorités du Sénégal m’ont appelé. Quand ils ont su que j’avais montré là où ils allaient passer pour frauder, ils se sont directement rabattus sur mon marabout. Tous, sans exception : Ousmane Ngom, Serigne Mbacké Ndiaye, Iba Der Thiam et Mame Mactar Guèye sont allés le voir. Je ne peux pas citer le nom de mon marabout, mais ces derniers le savent. Le jour de la tenue du scrutin du premier tour, ils ont eu à l’appeler pour, soi-disant, solliciter des prières.

La chronique révèle que vous avez aussi fait objet de menaces de mort ?

Oui, beaucoup ! Mais, les menaces ne peuvent pas m’arrêter. C’est un combat personnel et patriotique. Un vrai sacerdoce. Et ceux-là qui disent que je raconte des contrevérités, le ministère de l’Intérieur est là, les fichiers sont là, les ordinateurs sont là, pourquoi on continue à polémiquer. Il faut provoquer la confrontation et je défie tous ces beaux parleurs qui disent partout que je raconte des contrevérités à une démonstration de la vérité. Si c’était un discours politique ou scientifique, on peut toujours disserter, mais toutes les conditions sont là pour que la vérité éclate. Pourquoi fuir le débat et se cacher derrière son ordinateur ou un numéro masqué pour insulter les gens ? Ce n’est pas sérieux.

Au-delà des menaces, qu’est-ce que ce combat vous a coûté ?

Il m’a coûté beaucoup de choses. On a coupé la bourse d’étude de ma fille qui est en Master 2 à Clermont-Ferrand. Après une Maîtrise de Gestion des entreprises, elle a fait un Master 2 en Politique économique et Analyse économique des entreprises. Et quand on lui a coupé sa bourse, son Doyen de Faculté à l’Université Clermont-Ferrand a dit au ministre qui gérait cette affaire : « C’est le meilleur dossier qu’on a reçu du Sénégal et on ne comprend pas pourquoi sa bourse a été coupée ! » Ils m’ont dit ouvertement : « Bakar, tant que tu seras là, tu ne travailleras pas dans ce pays. » Et malgré tout cela, je suis obligé de continuer le combat et je vais le continuer.

Pape Samba Ndour

(Source : L’Observateur, 12 avril 2012)

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