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Assistons-nous aux derniers jours des opérateurs de téléphonie africains ?

lundi 19 octobre 2015

Les opérateurs de téléphonie africains sont attaqués sur tous les fronts. Frappés à la bourse par des gouvernements insatiables, en perte de vitesse à cause de nouveaux services de communication… S’ils font toujours – pour la plupart – des marges conséquentes ; dans le monde des TIC, un virage mal négocié équivaut à une disparition totale.

C’est désormais clair, la survie passera paradoxalement par la mort de ces acteurs comme nous les connaissions.

Partie 1 – Les OTT, ces concurrents déloyaux des opérateurs…

Comment les opérateurs de téléphonie africains arriveront-ils à faire face à ceux qu’ils considèrent comme des « sangsues », suçant leurs revenus sans avoir besoin d’investir dans des infrastructures ou payer des taxes aux régulateurs ?

Devenues aujourd’hui incontournables, ces applications font partie des plus installées sur les téléphones intelligents des populations vivant sur les terres africaines.

Elles s’appellent Line, Viber, WhatsApp, ou Skype et, qu’il s’agisse d’envoyer des SMS ou de passer des appels, elles font perdre des sommes faramineuses aux TELCOs.

A l’image de l’impact que l‘Email a eu sur le monde de la poste il y a plusieurs années, les opérateurs de téléphonie se retrouvent aujourd’hui fortement menacés par ces services alternatif (Over the Top Services ou OTT).

Selon un rapport publié par le Crédit Suisse, les revenus des opérateurs pourraient être divisés par deux, à cause de ces nouveaux moyens de communication.

Certains, comme le CEO de MTN en Afrique du Sud, montrent clairement leur mécontentement face à ces nouveaux venus : « Vous avez ces acteurs qui font d’énormes bénéfices grâce à nos réseaux sans y avoir investi le moindre sous », a soutenu Mteto Nyati. MTN aura mis 10 milliards de Rands dans son réseau en 2015 et prévoit d’y investir 6 milliards en 2016.

« Nous souhaitons que les régulateurs mettent tout le monde au même niveau pour égaliser les chances de réussite », a -t-il ajouté.

Le message est clair : Pourquoi auraient-ils le droit de profiter des avantages sans subir les inconvénients ?

Des tentatives de régulation pas toujours bien accueillies par les consommateurs

Une recherche sur Google des mots « Viber bloqué » donne un rapide aperçu du nombre de pays africains dans lesquels les opérateurs ou les régulateurs ont tenté, généralement sans succès, de mettre un frein à la croissance des OTT durant les derniers mois.

Par exemple, les utilisateurs de Viber en Egypte ont connu des difficultés à utiliser le service ces dernières semaines. Des milliers d’utilisateurs des applications de Voix sur IP ont pris le chemin des réseaux sociaux pour afficher leur indignation face à ce qu’ils ont considéré être le fruit d’un blocage par le gouvernement.

Hors d’Afrique, les tentatives de régulation n’ont pas eu plus de succès. En effet, au Royaumes-Uni, au Japon ou encore en Corée du Sud, le blocage de ces services et l’instauration d’une taxe n’ont pas eu les effets escomptés, face à des populations qu’il est quasi impossible de convaincre de payer pour un service qu’il ont eu l’habitude d’utiliser gratuitement.

Travailler main dans la main…

Pour Christian De Faria, CEO de Airtel en Afrique, les opérateurs et les services de contournement doivent travailler main dans la main pour leur survie.

Il a expliqué que si les opérateurs perdaient trop d’argent à cause de ces « invités indésirables », ils pourraient être obligés de taxer les OTT, ou les utilisateurs de ces services pour ne pas boire la tasse : « Certains OTT comprennent l’importance et le besoin de travailler en collaboration pour atteindre des solutions bénéfiques pour tous », a-t-il souligné durant l’édition 2015 du Global Symposium for Regulators de l’International Telecommunication Union qui s’est tenu à Libreville, au Gabon. « Nous avons besoin les uns des autres » , a insisté Christian De Faria.

…innover, ou perdre la voix ?

Quelles que soient les ententes que les OTT et les opérateurs trouveront pour protéger leurs investissements, il est aujourd’hui évident que la mine d’or a changé d’emplacement. Pour les opérateurs, la survie passe par l’innovation. La vraie.

En effet, la stratégie qui consiste à répliquer des concepts qui ont fait leurs preuves chez le voisin risque de ne plus suffire. Seuls les plus téméraires devraient encore être là dans quelques années pour en découdre avec de nouveaux prédateurs, qui, plus que jamais, ont les yeux rivés sur le continent africain.

Dans tous les cas, si rien n’est fait, la question « Quelle est la dernière fois que vous avez reçu une lettre par la poste ? » pourrait être posée aussi souvent que « Quelle est la dernière fois que vous avez reçu un appel téléphonique » …

A suivre…

(Source : Afrique ITnews, 19 octobre 2015)

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