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Arrestations arbitraires de jeunes gens et filles à Thiès : Nous sommes tous des prostitué(e)s en ligne !

dimanche 22 décembre 2013

Sans doute parce que ces populations ne vivent pas dans la capitale — où la presse, les organisations de défense des droits de l’homme, mais aussi les autorités politiques veillent au grain —, elles sont soumises à une singulière législation. Le Code pénal y est appliqué et interprété d’une manière bien particulière, procureur de la République, magistrats, policiers et gendarmes interprétant la loi à leur guise. Au grand dam, encore une fois, de ces populations laissées à elles-mêmes. Des populations si loin de Dieu et si près des matraques des forces de l’ordre et du glaive de la justice. A preuve par ce qui vient de se passer à Thiès, une ville pourtant située à 70 kilomètres à peine de Dakar. Dans la capitale du Rail, la justice ne vient-elle pas en effet de jeter en prison, sans autre forme de procès, des jeunes gens et jeunes filles au motif de… prostitution par téléphone ? Ne rigolez pas, c’est bien de cela qu’il s’agit ! Oh certes, ce sont les journalistes locaux qui ont trouvé cette qualification et en ont fait leurs choux gras dans les éditions et reportages de l’autre week-end, puisque les policiers et juges de la ville, eux, ont retenu les délits d’ « atteinte aux bonnes mœurs ». Tu parles ! De quoi s’agit-il ? De ce qu’on appelle services à valeur ajoutée « SAV » dans le monde des télécommunications. Autrement dit, une variante des serveurs vocaux des radios ou des « Sms » surtaxés, c’est-à-dire de tous ces jeux destinés à ferrer les gogos et dont les publicités envahissent les écrans de nos télévisions ou les ondes de nos radios genre gagnez une maison, un billet d’avion, une parure d’or, des millions de francs etc. en répondant aux questions suivantes genre« Qui va être le vainqueur du combat X contre Y », « donnez le pronostic du match des Lions contre les Eléphants », « quel est le titre du dernier album de tel », « donnez-nous la date de naissance de untel », ou« quelle est la date de l’indépendance du Sénégal » etc. Des questions simples destinées à inciter le maximum de pigeons à se précipiter pour envoyer des Sms. Car plus il y a de textos, et plus les organisateurs de ces jeux s’enrichissent vu que ces sms sont surtaxés, la différence par rapport au coût d’un sms normal étant partagée entre l’opérateur et les organisateurs du jeu. Pour les radios et les télévisions, les serveurs vocaux fonctionnent suivant à peu près le même principe étant donné que le coût de la minute de communication est surtaxé là aussi. Il se trouve que d’aucuns, plutôt que d’inciter les auditeurs à appeler les serveurs vocaux des radios ou des télévisions, choisissent de faire causer les mecs au téléphone pendant des minutes voire des heures entières histoire d’empocher le maximum de blé lorsque l’opérateur versera le chèque de rémunération de ces infotels. Et quel meilleur moyen de faire causer les hommes que de leur parler de sexe au téléphone ? Il y en a même qui, par ce biais, réussissent à prendre leur pied ! Ceux d’entre les Sénégalais qui ont les bouquets satellitaires peuvent voir sur certaines chaînes françaises, à certaines heures de la nuit, des pubs proposant des rendez-vous coquins avec des nymphes que l’on peut contacter avec des numéros de téléphone spéciaux. En les composant, à partir de l’Hexagone, on tombe sur des filles qui vous baratinent jusqu’à ce que vous preniez votre pied. Ce sont des jeux érotiques pour adultes, et qui sont le plus légaux du monde. Au Sénégal aussi des sociétés ont commencé, depuis quelques années, à proposer ce genre de services et à explorer ce créneau juteux.

Or donc, à Thiès, une jeune étudiante avait postulé pour un emploi dans un centre d’appels où l’on propose ce type de de services. A l’en croire, dès qu’elle a su de quoi il s’agissait, elle a démissionné et a réclamé son argent — elle avait eu le temps de bosser pendant trois jours… — au responsable du centre. Ce dernier, simple employé de la maison mère se trouvant à Dakar, lui ayant demandé de patienter le temps que son chèque soit établi, elle est allée dénoncer à la Police… les agissements d’un réseau de prostitution au téléphone ! Outre que la prostitution, d’après ce que l’on en sait, et en bon français en tout cas, signifie le fait pour une femme — ou un homme ! — de vendre ses charmes contre espèces sonnantes et trébuchantes, elle suppose aussi, un contact charnel entre les deux partenaires. Une conjonction sexuelle. Or, ici, il s’agit de correspondants se parlant au téléphone et qui ne se voient jamais. D’une causerie érotique, sans rien de plus. Un peu comme les « téléphones roses » auxquels s’adonnent nombre de nos compatriotes émigrés avec leurs épouses restées au pays. De là à parler de prostitution au téléphone ou d’atteinte aux bonnes mœurs !

A la limite, pour ce qui s’est passé à Thiès, la jeune fille aurait dû saisir l’inspection du travail, guère la police ! Seulement voilà, nos flics, gendarmes et juges, qui veulent jouer les Zorro parfois, ont sauté sur l’occasion pour mettre tous les jeunes gens et filles qui travaillent dans ce centre d’appels — plus la propriétaire convoquée exprès de Dakar ! — en prison. Et ce, encore une fois, pour un délit qui n’existe pas dans notre Code pénal. Et qui ne constitue d’ailleurs pas un délit. Car, encore une fois, les « Sva », on les trouve dans tous les pays où les télécommunications sont suffisamment développées pour offrir des services à valeur ajoutée. Et souvent d’ailleurs, les clients des centres d’appels qui offrent leurs services se trouvent sur d’autres continents, comme en Europe. On voit mal, dans ces conditions, comment des filles vivant au Sénégal — et qui gagnent leur vie le plus honnêtement du monde en causant sexe avec des correspondants au bout du monde — peuvent vendre leurs charmes à ces amants du téléphone. L’emprisonnement de ces jeunes gens et filles relève donc d’une voie de fait et de l’arbitraire et nos autorités gagneraient à voir de près ce qui se passe dans certaines villes de l’intérieur du Sénégal. D’une manière générale, on assiste dans notre pays à l’instauration d’un ordre moral inquiétant qui prétend réglementer les mœurs, envoyer les homosexuels et les lesbiennes au bûcher — le plus souvent arbitrairement comme dans l’affaire des jeunes filles de Yoff ou dans celle de notre confrère Tamsir Jupiter Ndiaye qui vient heureusement d’être libéré suite à une remise de peine. Tamsir qui a bénéficié, tout au long de son incarcération, du soutien franc et entier du « Témoin ».

Il y a une dizaine d’années, nous avions croisé le fer avec feu Latif Guèye de l’Ong « Djamra » qui prétendait faire interdire certaines publications « pornographiques ». Il ne s’agissait en fait que de revues pour adultes genre « Union », « Lettres », voire « Playboy ». Naturellement, nous nous étions dressés fermement contre cette atteinte incroyable à la liberté d’information et les censeurs avaient été obligés de reculer. C’est de la même manière qu’aujourd’hui, nous dénonçons avec la dernière énergie l’emprisonnement arbitraire de ces jeunes gens et filles de Thiès accusés d’ « atteinte aux bonnes mœurs » et présentées comme se livrant à de la « prostitution téléphonique ». Et quoi encore pendant qu’on y est ?

Mamadou Oumar Ndiaye

(Le Témoin, n° 1147, décembre 2013)

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