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Aperçu du secteur des services financiers digitaux au Sénégal

mardi 21 juillet 2015

Le Sénégal jouit d’une grande variété d’acteurs au sein de son écosystème de services financiers digitaux. Étant le siège de la BCEAO (Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest), qui régule les affaires régionales et celui de nombreux intervenants des États de l’Afrique de l’Ouest, le Sénégal est devenu le point d’entrée de nombreux fournisseurs de services financiers digitaux dans la région.

Les banques, les opérateurs de téléphonie mobile, les spécialistes en transfert de fonds, les institutions de microfinance et les émetteurs de monnaie électronique ont tous lancé leurs offres sur le marché selon des modèles distincts. Les partenariats qu’ils établissent et les produits qu’ils offrent sont parfois complémentaires, mais restent majoritairement concurrentiels. Alors que la BCEAO autorise de nombreux acteurs à émettre de la monnaie électronique, la dynamique du marché actuel n’a pas encore permis le développement de modèles à grande échelle. Dans la région, les opérateurs de téléphonie mobile ont d’emblée décidé de collaborer avec les banques pour le lancement et l’obtention des licences de leurs offres d’argent mobile, mais doivent rapidement faire face à des défis, notamment des limites en termes de flexibilité.

La majorité des banques joue cependant toujours un rôle passif dans la promotion des services financiers digitaux au grand public. En effet, son expérience reste très limitée en ce qui concerne les ménages à faibles revenus et provenant des zones rurales. Enfin, notons que les institutions de microfinance et autres émetteurs de monnaie électronique n’ont généralement pas les ressources et capacités technologiques nécessaires au lancement de leur propre produit financier digital.

Quelques initiatives visant à élargir l’horizon et l’accès au pays pour ces acteurs sont actuellement en cours de développement.

Principales constatations

  • Politique et régulation

La BCEAO permet à un large éventail de fournisseurs (dont des banques, institutions de microfinance, opérateurs de téléphonie mobile et autres fournisseurs de services) d’offrir des services financiers digitaux. Lors d’une demande d’ouverture d’un compte de services financiers digitaux, le régulateur des télécommunications exige à présent l’enregistrement de la carte SIM ainsi que d’autres informations, comme l’adresse physique et la profession de la personne concernée. Bien que la BCEAO passe les contrats de service entre fournisseurs et agents en revue, il n’y a actuellement aucune politique de régulation des agents bancaires en place. Malgré l’existence d’un intermédiaire régional (le GIM-UEMOA, Groupement Interbancaire Monétique de l’Union Économique et Monétaire OuestAfricaine), les discussions sur l’interopérabilité entre opérateurs de réseaux mobiles n’en sont qu’à leurs prémisses.

  • Infrastructure de distribution

Le Sénégal bénéficie d’une bonne infrastructure de télécommunications par rapport à d’autres pays similaires. Et bien que l’économie du pays ait beaucoup souffert de son réseau électrique défaillant jusqu’en 2012, cette crise énergétique semble résolue dans les grandes villes. La Banque Mondiale rapporte que 56,5 % de la population actuelle jouit d’un accès à l’électricité.

  • Fournisseurs

De nombreux programmes pilotes sont introduits au Sénégal, qui sert d’incubateur à toute une variété de fournisseurs de services financiers digitaux. Orange est le principal acteur en termes de services financiers digitaux dans la zone UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest Africaine) et travaille depuis 2010 en association avec la BICIS (Banque Internationale pour le Commerce et l’Industrie du Sénégal), une filiale de BNP Paribas. Millicom-Tigo a obtenu sa licence d’émetteur de monnaie électronique en décembre 2013 grâce à sa filiale Mobile Cash SA et s’est associée à la Banque Atlantique pour la gestion de son compte en fiducie. Yoban’tel est une offre de services financiers digitaux de la Société Générale, qui utilise son propre réseau de succursales ainsi que les services de l’institution de microfinance du CMS (Crédit Mutuel du Sénégal). Ferlo est la première entreprise technologique non-bancaire à s’être vue remettre une licence d’émetteur de monnaie électronique par la BCEAO. Plus récemment, CSI-W@ri et Joni Joni, deux entreprises de transfert de fonds, sont passées à des opérations via SMS. Malgré ces efforts, la dynamique du marché n’a pas encore permis le développement de modèles à plus grande échelle.

  • Réseaux d’agents

Les réseaux de distribution à l’extérieur de Dakar ne sont pas bien développés et les partenariats viables restent des cas isolés. Les services de paiement électroniques (via cartes bancaires) sont assez faibles et rares sont les clients ou marchands qui acceptent les services financiers digitaux à l’heure actuelle. Cependant, les réseaux fournis par les institutions de microfinance comme ACEP, CMS et PAMECAS, ainsi que ceux des services postaux et entreprises de transfert de fonds, pourraient représenter une opportunité d’amélioration en termes d’inclusion financière. Au vu de leur forte présence au sein des communautés sénégalaises, ils pourraient proposer une offre de services financiers digitaux. De fait, les succursales des institutions de microfinance représentent 75 % de tous les points de services des fournisseurs disponibles au Sénégal.

  • Paiements & transferts

Les offres actuelles sont dominées par les transferts de fonds, le paiement des factures et les recharges mobiles. Mais ces dernières ne répondent pas aux besoins de mobilisation de l’épargne, de décaissement et de recouvrement de prêts, et de services à valeur ajoutée pour les clients. De grands flux de transferts de fonds existent entre le Mali, le Sénégal, le Togo, les États-Unis et l’Europe, représentant 10 à 12 % du PIB. En termes de transferts nationaux, le marché local a vu l’arrivée de nouveaux acteurs, comme CSI-W@ri et Joni Joni. Ces entreprises gèrent des volumes de transactions de plus en plus importants et font concurrence aux grands fournisseurs de services de transferts de fonds, comme Western Union ou encore MoneyGram.

  • Clients

Au Sénégal, 67 % de la population perçoit des faibles revenus (moins de 50.000 FCFA de revenu mensuel par ménage, soit 76 EUR) et plus de 52 % de la population vit dans des zones rurales. Cette population à faibles revenus, qu’elle soit urbaine ou rurale, n’est pas bien prise en compte par les institutions financières et ce malgré le fait qu’elle représente plus d’un quart du PIB (27 % selon les estimations du CGAP). Les banques n’ont pas encore réussi à développer des stratégies favorables à l’adoption de ces services, tandis que les institutions de microfinance se limitent de plus en plus à travailler dans leurs segments de marché traditionnels. Néanmoins, d’importants pans de la population n’ont à ce jour pas encore été pris en compte, que ce soit par les banques ou les institutions de microfinance, et ce sont ces personnes-là qui font l’objet de toute l’attention des opérateurs de téléphonie mobile et de fournisseurs de services comme CSI-W@ri.

(Source : Fonds d’équipement des Nations unies, 21 juillet 2015)

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