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Afrique, ordinateurs d’occasion : à quel prix ?

samedi 19 décembre 2009

La veille de Noël est une période assez pertinente pour faire la synthèse de notre enquête participative « Afrique, ordinateurs d’occasion : à quel prix ? ». Le Sommet de Copenhague, consacré à la lutte contre le réchauffement climatique, se termine à peine. Déjà, dans les pays riches, c’est Noël et son avalanche de cadeaux. « Comparez et achetez votre matériel Informatique au meilleur prix et profitez ... En attendant les soldes d’hiver 2010 retrouvez nos idées cadeaux de Noël. ... » peut-on lire sur un site commercial, qui réitère les appels à consommer de nombre de sites marchands. Tout est dit. Au pied de l’arbre, c’est sûr, on trouvera quantité de produits électroniques, téléphones mobiles en tête, suivis d’un peu plus loin par les ordinateurs portables... Des achats la plupart du temps destinés à remplacer des appareils existants.

Certes, les ordinateurs des particuliers ne constituent pas la part la plus importante du volume des ordinateurs d’occasion qui remplissent chaque année davantage le marché d’occasion... et les décharges des pays émergents, africaines notamment. Mais outre que Noël est d’actualité, et que demain ce sont les soldes qui tenteront de déstocker les entrepôts de matériel informatique, le phénomène est intéressant à plusieurs titres. Car il est probable que ceux qui offrent un ordinateur portable à un de leurs proches n’auront probablement pas pris la peine de se soucier par avance du recyclage de l’ancien. Or, malgré toutes les directives en vigueur pour lutter contre la pollution dûe aux déchets électoniques et électriques, les D3E, il est loin d’être simple de se débarrasser d’un vieil ordinateur lorsqu’on n’a pas besoin d’en racheter un autre. Membre de l’Atelier des Médias vivant à Bordeaux, en France, Pascal en témoigne, les trottoirs français aussi accueillent de « vieilles machines » « car tout le monde ici ne fait pas la démarche d’amener son vieil ordinateur à la décharge publique où il sera dépollué. »

Pas si simple de se défaire de son vieil ordinateur...

Stagiaire un temps à l’Atelier des Médias, Marie s’est investie plus rigoureusement sur cette question du "recyclage" des ordinateurs usagés, d’autant qu’elle-même voulait savoir « où jeter 2 ordis complets qui me restent sur les bras ». « Les vendeurs de matériel informatique ont l’obligation de reprendre notre vieux poste si on en rachète un neuf, vu que maintenant l’éco-taxe est comprise dans le prix d’achat d’un ordinateur. Mais si, comme moi, on ne rachète pas d’ordinateur c’est beaucoup plus difficile de leur déposer du matériel en fin de vie.(...) Les collectivités locales doivent elles aussi se charger du recyclage des déchets informatiques en les collectant gratuitement puis en les envoyant à une entreprise de recyclage (c’est marqué dans la directive européenne), mais là encore à Clamart - où j’habite - ça n’existe pas, ou pas encore... Donc il ne me reste plus qu’à amener moi-même mes ordis à la déchetterie la plus proche qui me fait payer une taxe au kilo et envoie ensuite le matériel au recyclage ; ou alors d’en faire don à une association qui remet le matériel en circuit, mais comme je n’ai pas moyen de savoir si mon matériel peut encore fonctionner, je suis obligée de le mettre directement à la casse. »

L’Union européenne « perd » 75 % de ses déchets électroniques

Chaque année, selon l’organisation écologique Greenpeace, entre 20 et 50 millions de déchets électroniques sont produits dans le monde. Un volume qui augmente de 3 à 5% par an. Pour se faire une idée, 350 000 téléphones portables et 130 000 ordinateurs sont jetés chaque jour aux Etats-Unis. Et, toujours selon Greenpeace, l’Union européenne « perd » 75 % de ses déchets électroniques alors qu’il est strictement interdit par la loi de les exporter ou de les jeter.

Selon le programme Acacia qui émane du Centre de recherches pour le Développement International (Canada) 400 000 ordinateurs et écrans usagés en divers états et de tous âges entrent au Nigeria chaque mois...

Denis, lui, cite encore d’autres chiffres, qui ne sont pas contradictoires d’ailleurs : « En 2006, les pays de l’Union européenne ont produit plus de six millions de tonnes de déchets éléctroniques (e-déchets), nous écrit ce consultant en marketing depuis la Côte d’Ivoire ; aux Etats-Unis entre 14 et 20 millions d’ordinateurs sont jetés aux ordures chaque année. La situation devrait empirer dans les années à venir. Le volume des e-déchets est celui qui connaît la plus forte croissance, tirée par la frénésie ambiante pour les produits high-tech. »

Comme « des carottes au marché »

Si les chiffres varient, il n’y a pas d’études officielles sur la question, une chose est sûre : des milliers d’ordinateurs obsolètes fonctionnant ou non sont déversés au Togo, Sénégal, Bénin, Cameroun, ou encore en Côte d’Ivoire d’où Siriki Coulibaly nous écrit : « Personnellement , je ne sais pas s’il faut parler de dépotoir de matériel informatique, mais une chose est sûre, il y a de plus en plus d’importation d’ordinateurs vétustes à Abidjan. Vers 14h heure locale, aujourd’hui, j’ai aperçu plus d’une centaine de ces vieux ordi à vendre à 250 000 CFA ( envrion 380 € ndlr) l’unité à débattre. Je vous laisse le soin d’apprécier ... »

Aminata vit à Thiès, Sénégal. Elle évoque « l’insécurité des marchés en Afrique ». « Je m’explique, nous dit-elle, le marché africain est inondé par des ordinateurs de seconde classe qui viennent du monde entier. La Chine est en partie responsable de cela. Le problème de contrôle des marchés et des produits importés se pose. Pourquoi ne vendent-ils pas leurs marchandises dans leur pays ? Aussi les Africains corrompus font passer toutes sortes de marchandises dans leur frontière. »

Au Togo, c’est le fameux TP3 qui est le plus souvent cité. Ce gigantesque terre-plein qui jouxte le port de Lomé est le réceptacle de tout un tas de marchandises arrivées par bateaux avec au moins, selon Jean-Baptiste, « 3 grands sites de décharge, [où les marchandises, ndlr] sont rapidement réparties par les revendeurs sur des stands. On peut dénombrer au moins 15 stands de vente sur le port au TP3, d’autres les transportent pour enrichir leur petite boutiques et points de vente en ville et à l’intérieur. A Lomé on peut dénombrer au mois 1 200 dépôts de vente de ces ordinateurs d’occasion. Chacun veut s’initier en informatique avec le développement du numérique. »

Bref, selon Mamadou, à Conakry, en Guinée, où il habite, « on dirait des carottes au marché et avec ça c’est des machines qui ont plein de problèmes. Par exemple tu peux acheter une machine d’occasion et quelques mois après elle commence à planter, ou tu l’éteins et l’allumer devient un casse tête pour toi. »

Rfi... aussi

Outre ses talents d’enquêtrice auprès des marchands d’ordinateurs, Marie a aussi sondé la politique de renouvellement du parc informatique de... Rfi. Et voilà ce qui lui a été répondu : « Rfi renouvelle chaque année 20% de son parc informatique, c’est-à-dire qu’ils jettent au maximum 200 postes par an sur les 1 000 que compte l’entreprise. Une partie des postes va à des associations qui envoient ensuite les ordinateurs en Afrique, visiblement ce sont des gens de la boîte qui connaissent les associations et leur font profiter du matériel. Le service informatique leur donne, en principe, des ordinateurs en état de marche, mais il n’y a pas de personnel dédié à la remise en état du matériel informatique chez RFI, ce sont les associations qui s’en chargent. Le matériel informatique inutilisable quant à lui est transporté par STT déménagements à Véolia (il est distingué du reste des encombrants : vieux meubles...). Pour le recyclage des déchets informatiques par Véolia, Rfi paye l’« éco taxe ». Calculée au poids elle couvre le prix de la chaîne de recyclage. » Didier est l’un des bénéficiaires de la politique de tri de Rfi. Pourtant, il n’est pas certain que tous les postes fonctionnent à l’arrivée. « Mais avec 10 ordinateurs, au Bénin, où il envoie sa cargaison, ils arrivent à en faire 6... »

Didier, Président de Cultures Sud, une association qui défend les cultures africaines au Bénin, et salarié à Rfi, Didier récupère des ordinateurs usagés auprès de l’entreprise " Sur 10 ordinateurs récupérés, il y en a 6 qui marchent..."

Et c’est là que le bât blesse. Car, pour être parfaitement clair, ce ne sont pas les vieux ordinateurs par eux-mêmes qui polluent, comme certains de nos contributeurs le pensent, c’est leur rejet dans la nature qui pose problème. Damala vit entre le Bénin et la France où il récupère des ordinateurs d’occasion pour le compte de son association Solidarités et Culture. Les machines qu’il fait convoyer à Cotonou sont systématiquement testées pour éviter d’envoyer des ordinateurs cassés aux collèges que son association cherche à équiper en informatique. Mais quand les « maintenanciers » ne parviennent plus à réparer les unités centrales durement éprouvées par le climat, où vont les machines ?

Damala, de l’association Solidarités et Culture : Quand ça ne marche plus, on n’a pas de solution pour ce qui n’est pas réutilisable, et pas seulement au niveau du Bénin mais aussi dans les autres pays.

La fin des vie des « France au revoir »

« Même s’il est vrai que beaucoup de ces appareils ne fonctionnent pas, nous les techniciens, les reformons et leur donnons une seconde jeunesse car les ordinateurs high- tech ne sont pas à la portée du simple fonctionnaire qui trouve son salut dans les "France au revoir" » renchérit David depuis Ndouci en Côte d’Ivoire. Et après ?

« L’Afrique est aujourd’hui le territoire ou les nouvelles technologies prennent de l’ampleur, nous écrit Ezechiel depuis Abidjan, Côte d’Ivoire. La plupart des cybers fonctionnent avec les ordinateurs d’occasions communément appelés "seconde main". Outils qui ont une duré de vie très limitée. Nous pouvons dire que les ordinateurs d’occasion en Afrique vont dans les décharges communes à toutes les ordures après avoir été dépourvus de leur carcasse et de quelques éléments qui peuvent servir à la maintenance informatique. »

Pourtant des solutions commencent à émerger, au Burkina Faso où les Ateliers du Bocage ont d’ores et déjà commencé la « défabrication » des machines comme Jean-Pierre décrit cette opération qu’il a lui-même pratiquée : « A titre bénévole, j’ai participé, il y a quelques années, à la défabrication (c’est le terme officiel) de ce type de matériel et chaque élément démonté et trié a une valeur non négligeable, compte tenu du prix des métaux : nous trouvons du fer (boitiers en particulier), du cuivre (câblages ...etc... ), de l’aluminium, de l’argent et de l’or ! Donc le très vieux matériel qui n’est plus utilisable conserve une valeur, à la condition que la formation de personnes soit organisée, ainsi que la mise en place de centres de collecte et de défabrication.. » D’ailleurs, les constructeurs eux-mêmes commencent à se soucier de l’impact de ces montagnes de carcasses marquées de leur logo sur leur image de marque.

Quel avenir pour le recyclage « local » des ordinateurs usagés ? Quel impact sur l’environnement des pays où ils sont purement et simplement jetés dans la nature ? Ce sera l’objet de notre prochain et dernier article sur la question, toujours avec vos contributions, plus de 220 à ce jour.

Anne-Laure Marie

(Source : RFI, 19 décembre 2009)

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