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Africa-tech : au-delà de la «  Startupmania  » !

samedi 27 avril 2019

A moins de sortir d’une décennie d’hibernation, vous avez lu, entendu et peut-être même constaté que l’entrepreneuriat innovant bouge en Afrique. C’est la conséquence de plusieurs facteurs qui ne feront pas l’objet de cette tribune. Mais l’Afrique ne fait pas figure d’exception dans cette dynamique. Bien au contraire. La création d’entreprises innovantes est bien plus élevée dans les autres parties du monde et les conditions sont beaucoup moins favorables en Afrique à la naissance de licorne.

Au-delà du «  pragmato-pessismisme  » de certains analystes qui, souvent à raison, parfois à tort, estiment que la «  startupmania  » ambiante actuelle est loin d’être LA solution pour amorcer un développement économique, il urge de regarder la réalité en face et de s’interroger d’une part, sur la pertinence des politiques et autres programmes de développement de l’entrepreneuriat, et d’autre part, sur les motivations, actions et convictions réelles, des acteurs en présence au sein de ces écosystèmes de l’innovation

L’overdose de concours sur l’entrepreneuriat

En faisant un décompte des concours par thématique, par pays, par région, à l’échelle du Continent, ou même à l’échelle internationale, on se rend très vite compte qu’il n’y a pas un seul mois sans une compétition censée révéler la nième startup qui va bientôt décoller.

Les compétitions peuvent être intéressantes. Elles permettent entre autres à la startup d’avoir de la visibilité médiatique sans dépenser de l’argent, de se confronter à d’autres startups, d’apprendre à vendre son produit ou son service, de se construire un réseau, ou encore d’accumuler des subventions pour son développement. Dans certains cas, c’est aussi l’occasion pour les investisseurs de repérer, sans grande difficulté des projets qui correspondent à leurs positionnements ou stratégies du moment.

Cependant, préparer sérieusement une compétition est une activité à part entière. Cela mobilise en effet des ressources qui ne sont donc pas consacrées à l’exécution (développement du projet ou du service). Aussi, certaines startups se sentent ainsi obligées de constamment adapter leurs stratégies en fonction des «  challenges  » auxquelles elles participent. Il n’est donc pas rare de retrouver le même promoteur aussi bien dans une compétition sur la Fintech, la Tech For Good, l’Agrotech, etc. Il est vrai qu’on pourrait facilement justifier de plusieurs positionnements, mais est-ce bien nécessaire d’en arriver là ?

Conséquence, à force de s’entraîner sur une activité, on finit par y exceller ! Nous avons énormément de startups africaines qui maîtrisent les rouages du pitch, qui excellent dans l’art de convaincre un jury et qui remportent les compétitions, avec les articles de presse à la clé. Malheureusement, la plupart de ces gazelles de compétition, qui en sont à leur énième trophée, n’avancent pas réellement dans le développement de leurs produits ou services, ou dans l’acquisition et la fidélisation de leurs clients. Les compétitions deviennent donc leurs modèles économiques. Elles passent du temps à les repérer et à s’y préparer. Elles excellent dans l’art du storytelling si apprécié par les médias. Souvenez-vous du célèbre adage : «  Seuls les tonneaux vides font du bruit  »  ; il n’a jamais été aussi vrai dans l’univers startup africain.

Une responsabilité partagée

Il est de notoriété publique que les médias aiment raconter de belles (ou de mauvaises) histoires. Si vous avez un besoin réel, un marché important, des chiffres avérés d’une croissance de l’activité, des emplois pérennes créés, etc., mais que vous n’avez pas une belle histoire à raconter, passez votre chemin ! Les médias sont friands des super-héros qui viennent sauver la veuve et l’orphelin ou qui ont eux-mêmes souffert avant d’accéder «  à la gloire  » par la ténacité.

Pourtant, nombre de ces «  success stories  » ne sauraient franchir le cap de la question : vis-tu réellement des bénéfices générés par la vente de tes produits ou tes services ?

Aujourd’hui, les pays africains comptent des acteurs aussi intelligents que pertinents. Nombre d’entre eux contribuent à leurs échelles, par la seule force de la volonté, à l’émergence de véritables écosystèmes de l’entrepreneuriat innovant. Mais bien souvent, ces acteurs ne travaillent pas ensemble, ont des égos surdimensionnés et, quand il s’agit de réfléchir réellement à la consolidation d’un écosystème national, se figent dans des postures, dans le seul but de sauvegarder leurs intérêts personnels. Assez souvent donneurs de leçons, sans forcément être des modèles à tout point de vue, ils ont des critiques acerbes vis-à-vis des pouvoirs publics (souvent à raison) mais ne font aucun effort pour travailler avec ces pouvoirs publics quand l’opportunité se présente.

Pour les États, les politiques censées favoriser le développement de l’entrepreneuriat innovant sont assez souvent un prétexte pour intéresser la jeunesse, électorat potentiel. Ces politiques ne sont donc pas suffisamment élaborées et manquent cruellement de vision stratégique. L’accent est mis sur la communication plutôt que sur l’action. Quand dans de rares cas, les initiatives sont sérieuses, leur longévité dépend du leadership de la personne qui est en charge de les mener et de son agenda personnel.

Par ailleurs, les programmes de soutien au développement de l’entrepreneuriat foisonnent. Chaque bailleur connu en a au moins un. Lancés avec les meilleures intentions, ces programmes sont en général malheureusement exécutés sans capitaliser sur ce qui est déjà fait sur le terrain par d’autres partenaires. Il n’y a donc pas toujours la synergie d’actions qui devrait permettre d’en démultiplier les impacts. Pour ce qui est du développement de l’entrepreneuriat, à peu de variantes près, les programmes techniques et financiers veulent régler les mêmes problèmes, en faisant les mêmes diagnostics de fond et en appliquant plus ou moins les mêmes stratégies. Mais chacun de ces programmes donne l’impression de vouloir porter la paternité de telle ou telle autre initiative. Au grand dam des populations, l’impact en matière de communication semble parfois plus important que les bénéfices qui découleraient d’une synergie d’actions.

Aussi, assez souvent, les structures (associations) qui exécutent ces programmes sont plus motivées par des intérêts économiques que par la volonté réelle d’apporter une solution adéquate à un problème.

D’un autre côté, plusieurs grandes initiatives sont lancées, à grand renfort de tapage médiatique, par les grands groupes privés qui opèrent sur le Continent. Mais pour quelle volonté réelle ? Communiquer ou impacter ? Une analyse sommaire des ratios communication/budget total du projet permet d’avoir la réponse.

Repenser les stratégies d’accompagnement

Les défis sont pourtant réels et les solutions existent. Les acteurs sont disponibles pour peu qu’ils veuillent réellement jouer leurs partitions. Toutes les conditions sont réunies pour avoir des écosystèmes dynamiques au-delà du buzz. Plutôt que de succomber aux charmes de la «  startupmania  » actuelle, dopée aux storytellings et autres concepts très tendance, les jeunes africains se doivent de créer des entreprises qui ne sont pas forcément sexy, mais qui génèrent des revenus et créent des emplois. Les initiatives de soutien au développement des écosystèmes de l’innovation ne doivent pas être déployées uniquement dans les capitales, mais aussi et surtout à l’intérieur des pays pour une plus grande proximité avec les populations. Les structures d’accompagnement, telles que les incubateurs, accélérateurs, «  fablab  », doivent être mises au centre des stratégies de développement de l’entrepreneuriat innovant en Afrique, pour leur proximité avec les porteurs de projets et leurs connaissances des réalités locales.

Enfin, les jeunes doivent être sensibilisés sur les réalités du monde entrepreneurial : plusieurs études estiment que 90 % des startups échouent dans les trois premières années. C’est passionnant et formateur. Mais c’est aussi particulièrement difficile. Encore plus en Afrique.

Christian Jekinnou, expert entrepreneuriat innovant en Afrique

(Source : La Tribune Afrique, 27 avril 2019)

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INTERNET EN CHIFFRES

- Bande passante internationale : 172 Gbps
- 4 FAI (Orange, Arc Télécom, Waw Télécom et Africa Access)
- 10 770 683 abonnés Internet

  • 10 512 647 abonnés 2G+3G+4G (97,60%)
  • 99 177 clés et box Internet (1,11%)
  • 138 743 abonnés ADSL (1,31%)
  • 17 952 abonnés bas débit (0,17%)
  • 2164 abonnés aux 4 FAI

- Liaisons louées : 22 633

- Taux de pénétration des services Internet : 68,49%

(ARTP, 31 mars 2019)

- 7 260 000 utilisateurs
- Taux de pénétration : 58,20%

(Internet World Stats 31 décembre 2018)

- 4710 noms de domaine actifs en .sn

(NIC Sénégal, 25 septembre 2018)

TÉLÉPHONIE EN CHIFFRES


Téléphonie fixe

- 2 opérateurs : Orange et Expresso
- 307 736 abonnés
- 237 282 lignes résidentielles (77,11%)
- 70 363 lignes professionnelles (22,86%)
- 84 lignes publiques (0,03%)
- Taux de pénétration : 1,95%

(ARTP, 31 mars 2019)


Téléphonie mobile

- 3 opérateurs (Orange, Tigo et Expresso)
- 16 977 104 abonnés
- Taux de pénétration : 107,95%

(ARTP, 30 septembre 2018)

FACEBOOK

- 3 171 000 utilisateurs

- Taux de pénétration de Facebook : 18,6%

(Facebook, Juin 2019)