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Affaire Walf Tv/Bsda : Le respect du paiement des redevances sur les droits d’auteurs passe par une réforme du Bsda

lundi 31 août 2009

Le Bureau sénégalais des droits d’auteurs (musical) se singularise par son système élitiste. Aujourd’hui, d’autres secteurs de la créativité souffrent à cause de leur non prise en charge concrète dans les objectifs et la vocation actuelle du Bsda. Du régime d’Abdou Diouf jusqu’à nos jours, les bénéficiaires des répartitions de l’argent collecté demeurent les mêmes. Et la preuve en est que ce sont ces mêmes musiciens connus et reconnus qui vantent, d’une manière incontrôlée, les mérites de ce machin. Et pourtant, le Bsda doit au devoir d’appartenir aux créateurs sans exception. C’est une institution qui bénéficie de toutes les conditions adéquates, d’un environnement juridique quasi-parfait (la preuve, l’arrêt des programmes de Walf et la confiscation de son matériel) et d’une volonté politique manifeste des autorités.

Le Bureau sénégalais des droits d’auteurs doit s’ouvrir aux autres corporations de la culture et des arts. Le Bureau doit se méfier des artistes opportunistes et jeteurs de fleurs pour leur seul intérêt. Le Sénégal regorge de ses ‘artistes’ laudateurs et partisans du copinage et qui n’hésitent point à tisser des devises : ’Tu fais partie du troupeau, donc tu vas boire dans la laitière.’ Les créateurs souffrent, ils souffrent de leur exclusion dans ce bureau très exigu, d’où la nécessité de s’ouvrir à une société pour appartenir à tous.

Ce pays devrait créer d’autres Youssou Ndour et Baba Maal, Ousmane Sow et Ndary Lô, Diouma Diakhaté et Sadiya Guèye, de Lamine Sall et Marouba Fall, Sanex Guèye et Makhouradia Guèye, etc ? Ce pays ne doit point se contenter d’un bureau. Nous devons au devoir d’avoir des ambitions à l’image et à la hauteur de notre créativité.

Walf Tv doit payer, oui Sidy Lamine doit payer les droits de diffusion des produits des artistes, mais il est bien aussi de clarifier à l’ami de Thione Seck et non moins Directeur de cette institution partenaire des créateurs : Où va l’argent collecté par le Bsda ? Quel est le système de cotation des bénéficiaires si l’on sait que beaucoup de radios et télévisions n’utilisent point les fiches Bsda ? Et les droits des stylistes et mannequins avec ces défilés qui passent tous les jours à la télé ? Et les Maiga-restaurants, les fast-food, les marchés qui passent à longueur de journée à diffuser publiquement les œuvres des créateurs ?

Autre chose doit absolument changer, à savoir les séminaires de formation sur les droits d’auteurs qui ne servent en réalité que de moyens de dépenser volontairement de l’argent. Combien de millions sont ainsi utilisés pour ces formations sans impact sur les acteurs, encore moins sur les propriétaires de radio ou télévision ? Ecoutez ce sociétaire du Bsda, à savoir Thione Seck dire : ‘Sidy Lamine n’a rien compris.’ Un aveu ou un constant d’échec de la mission du Bsda ? Comme si Thione voulait prétendre qu’il appartient au Bsda de former et d’informer les Sidy et autres.

Mais notre artiste qui s’identifie au devoir de vérité se perd souvent dans la variance de ses passions. Le père de Waly Ballago est aujourd’hui dans une situation inconfortable du fait de son appartenance à la sphère restreinte des privilégiés du Bsda d’une part et de son amitié avec Sidy Lamine Niasse Coumba Abdallah d’autre part. Thione Ballago devrait se positionner publiquement devant une telle situation de fermeture de ce groupe qui a contribué, ces dernières années, à sa renaissance.

L’Omart juge que cette mesure de fermeture est exagérée et une médiation pénale est encore possible sur la définition de termes de référence où tous les créateurs seront impliqués. Il n’est pas une bonne stratégie de fermer un groupe de presse comme Walf mais, cependant, Sidy doit savoir qu’au niveau des Etats, il n’y a qu’une loi et deux articles :

Article 1 : l’Etat a toujours raison.

Article 2 : Si l’Etat a tort, il faut appliquer l’article 1.

Dès lors, nous faisons appel à la clairvoyance du gardien de la Constitution pour une médiation positive dans un esprit de fair play. Lors de la déclaration de politique générale du Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye, des réformes très ambitieuses sont apparues en faveur de la politique culturelle, une mutation est en train de s’opérer qu’on l’on veuille ou non : statut des artistes, prise en charge sociale via la coopérative d’habitat des agents du ministère de la Culture, et lutte contre la piraterie. Souleymane Ndéné avait rappelé que la culture qui ‘véhicule une éthique de développement, sera insérée dans le tissu économique avec toute l’efficacité et l’efficience nécessaires pour la placer au cœur de la lutte contre le chômage, la pauvreté et l’exclusion’.

Le Bsda doit être le fer de lance de cette vision très ambitieuse, mais des mesures innovatrices sont nécessaires :

- La publication sous forme de plaquettes de présentation de la répartition trimestrielle des droits d’auteurs. Ainsi la communauté culturelle aura des indicateurs de performances fiables et vérifiables.

- L’Organisation d’assemblée générale annuelle pour choisir des leaders à qui les ayants droit ont confiance.

- Le secret de la répartition des droits d’auteurs doit être levé. - L’instauration des sentinelles du Bsda dans chaque organe de presse pour le respect des fiches Bsda.

- La création du corps des volontaires de la culture, qui sera composé des fan’s club des créateurs et des bonnes volontés.

- La perpétuation et conscientisation d‘une culture du consommer original pour mieux éradiquer, combattre le piratage.

- La pivatisation du Bsda où les ayants droit majoritaires seront actionnaires. - Des réformes en profondeurs doivent s’opérer parce que l’orientation et la vocation du Bsda ne devraient point se limiter à collecter des sous, mais l’organisation du secteur de la créativité pour un dynamisme culturel qui passe par une industrialisation accompagnée mais concertée.

D’autres pistes sont à méditer pour avoir des ressources additionnelles de protection et d’amélioration du statut des créateurs. Le Bsda, à l’image de la Raddho, de l’Ondh, etc., doit pouvoir persuader, par des programmes réfléchis, les partenaires et les militants des droits de l’Homme.

Abdoulaye Mamadou Guissé
Président de l’Observatoire de la musique et des arts (Omart)
Email : omart.sunuculture@voila.fr

(Source : Wal Fadjri, 31 aout 2009)

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