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TNT : l’Afrique passe au numérique selon un timing à géométrie variable

mercredi 17 juin 2015

C’est ce mercredi 17 juin 2015 que les Africains doivent éteindre le signal analogique et basculer sur la télévision numérique terrestre (TNT), conformément à l’accord passé le 16 juin 2006 avec l’Union internationale des télécommunications (UIT). Mais à ce jour, force est de constater que cette migration, présentée comme une vraie rupture technologique sur le continent, ne sera pas effective dans tous les foyers. Des 54 pays sur le starting-block en 2006, 33 ont repoussé l’échéance de 5 cinq ans. Seuls le Malawi, le Rwanda, l’Île Maurice, la Tanzanie et le Mozambique ont cessé de diffuser la télévision en mode analogique. Pour le reste, le basculement se fait selon un timing à géométrie variable.

Absence de financement, arrière-pensée d’influence sur la souveraineté des Etats, crise sociopolitique, revirement fréquent… Les facteurs explicatifs du retard accusé dans la migration vers la télévision numérique terrestre (TNT) varient d’un Etat à un autre et privent bon nombre d’Africains du privilège d’accéder à moindre coût à une télévision riche de plusieurs bouquets de chaînes, avec des images de meilleure qualité, jusque-là réservée à une élite.

Sénégal : 80% du territoire à couvrir

Dans l’immeuble Kébé (Dakar centre) qui abrite la plateforme du réseau d’infrastructures de la TNT, Pape Ciré Cissé, le directeur technique du projet à Excaf Télécom, a expliqué en mai dernier que le déploiement de la TNT devrait être effectif sur 80% du territoire sénégalais avant la fin de ce mois. Alors en négociation avancée avec le Chinois StarTimes (qui attaque tout azimut les marchés rwandais, centrafricain, burundais, sierra-léonais et kenyan), Excaf Télécom a pour mission de réaliser 25 sites sur le réseau d’infrastructure. « Nous avons fini avec Thiès et Dakar. Nous avons commencé les travaux à Kaolack et Mbacké. Nous pensons d’ici fin mai arriver à 12 des 14 régions. Ce qui représentera 90% de la population et 80% de la superficie à couvrir », a brossé Pape Ciré Cissé. La société Excaf Télécom a également fait des mesures jusqu’à 80 km à Mboro sur l’axe nord et 74 km à Warang dans la direction de Joal. La couverture est donc assez grande et les populations qui sont dans ces zones de service pourront bénéficier de l’offre du bouquet TNT.

Cap-Vert : équiper en dix mois une soixantaine d’îles

La date effective pour basculer sur la TNT n’est pas clairement définie, certes. Mais le Français Thomson Broadcast qui vient de gagner l’appel d’offres de 10 millions d’euros dispose d’un délai de dix mois pour livrer en termes d’ouvrage (émetteurs, pylônes) un système complet en vue d’équiper en station une soixantaine d’îles, couvrir des distances importantes, pour toucher des populations isolées. « Nous travaillons bien sûr avec de nombreux partenaires, 70 % d’entreprises françaises et 30 % de lusophones », a affirmé Pascal Veillat, PDG du groupe Arelis.

Burkina Faso : réduire au maximum le retard

La situation sociopolitique que traverse le Burkina n’explique pas à elle seule le non respect de la date butoir. La mobilisation des moyens financiers reste le défi majeur à relever afin de lancer les travaux, comme l’avait exprimé le 20 mars dernier, le ministre de la Communication, Frédéric Nikièma, au cours d’un point de presse. Ce jour-là, il avait annoncé que son pays ne sera pas de la migration vers la TNT. Non sans assurer que tous les moyens seront mis en œuvre pour réduire au maximum le retard.

Côte d’Ivoire : « Probablement » vers fin juin

Le ministre de la Poste et des TIC, Bruno Koné, vient de l’annoncer à Abidjan. La migration vers la TNT pourrait intervenir « probablement avant la fin du mois de juin ». Selon lui, la télévision ivoirienne diffuse déjà en bandes de Très hautes fréquences (VHF), donc, à priori, elle n’est pas concernée par le basculement à la date butoir fixée par l’UIT pour les pays diffusant en Ultra hautes fréquences (UHF). Cependant, le gouvernement s’est fixé le pari d’entamer dès cette année, le basculement sur la TNT. Un appel d’offre a été lancé à cet effet et gagné par Thomson Broadcast. Sur le marché ivoirien, le Français a deux partenaires : Sagemcom et Canal Plus Overseas. En pratique, « Canal Plus obtient d’abord les fréquences. Nous intervenons ensuite. Et Sagemcom réalise l’intégration locale, la logistique et le génie civil », a expliqué Pascal Veillat, PDG de Thomson Broadcast au confrère Le Monde.fr. A noter qu’en Côte d’Ivoire, le contrat pilote a été remporté par Sagemcom. Selon ses termes, il permettra d’offrir gratuitement le signal numérique à 1000 foyers du district d’Abidjan, entre le 17 juin et le 31 décembre 2015. Après quoi, le déploiement de la TNT se fera sur l’ensemble du territoire national. La dernière phase consistera en une évaluation du nouvel écosystème. Coût de l’opération ? 58 milliards FCFA (108,7 millions USD) dont 32 milliards FCFA (60 millions USD) pour les infrastructures et 25,7 milliards FCFA (48, 7 millions USD) pour le coût social.

Madagascar : une zone pilote pour démarrer

Le passage de l’audiovisuel, de l’analogique au numérique doit être officiellement lancé ce 17 juin à Nosy Be, comme l’avait annoncé, le mois dernier, une source au sein du ministère de la Poste, des télécommunications et des nouvelles technologies. C’est donc à compter de cette date que Madagascar va entamer véritablement la phase de migration vers la TNT. C’est dire qu’à l’instar de plusieurs Etats, il ne sera pas au rendez-vous de la télévision numérique. Raison avancée : le manque de moyen financier. La migration nécessite environ 150 millions de dollars US, à répartir de la façon suivante : 30 millions USD pour les équipements numériques, 50 millions pour la numérisation des émissions et quelques 60 millions pour les décodeurs qui permettront de suivre des programmes télé en mode numérique sur des postes téléviseurs analogiques.

RDC : Kinshasa et Lubumbashi en mode test

Aux dires du ministre de la Communication et des Médias, Lambert Mende Omalanga, la migration de la télévision analogique vers la télévision numérique terrestre (TNT) se fera en 4 phases, en République Démocratique du Congo (RDC). Dès ce 17 juin, un réseau pilote sera mis en œuvre avec une dizaine de chaînes de télévision qui desserviront les villes de Kinshasa et Lubumbashi. L’extinction du signal analogique devrait être également lancée à compter de ce jour. Le ministre Lambert Mende Omalanga a également annoncé un mémentum axé sur la numérisation des outils de production audiovisuelle, du système de diffusion, des réseaux de transmission ainsi que des terminaux de réception.

La guerre des installateurs

Le basculement sur la TNT n’implique pas que les Etats africains seuls. C’est également un pari pour les installateurs internationaux d’infrastructures TNT, notamment les entreprises française, allemande, japonaise, sud-africaine et chinoise, pour qui le continent reste un vaste marché à défricher. Avec Canal Plus Overseas, Thomson Broadcast et Sagemcom, qui unissent leurs forces, la France se lance dans la conquête de la terre, après avoir volé dans les airs avec le satellite de Canal Plus. Outre la Côte d’Ivoire, les tentacules des firmes françaises s’étendent au Cap-Vert, au Ghana, au Congo-Brazzaville, en RDC et en Ouganda, où le tandem Thomson Broadcast – Sagemcom a gagné un appel d’offre de 7 millions d’euros. Cependant, les Français ont du mal à s’imposer en Afrique du Nord qui demeure la chasse-gardée du Japonais NEC, et en Afrique du Sud, où l’Allemand Rohde & Schwartz a pignon sur rue. Pour sa part, le sud-africain Multichoice-DSTV, via l’opérateur Go TV, ne cesse de croître dans les zones anglophones de l’Afrique. Toujours distancé dans la compétition sur le marché africain par son compatriote Huawei, le Chinois StarTimes semble avoir changé la donne en s’imposant de plus en plus comme un interlocuteur de poids dans la migration vers la TNT. Grâce à son offre clé en main comprenant l’infrastructure, la diffusion des programmes, un financement complet et la livraison gratuite de décodeurs à des millions de foyers, StarTimes a pu conquérir plusieurs terrains. Il s’agit, entre autres, du Nigeria, du Kenya et de la Centrafrique. On peut en citer bien d’autres comme la Guinée Conakry, le Mozambique, le Rwanda et la Sierra Leone.

Reste maintenant à espérer que l’intérêt de toutes ces grandes firmes pour le continent africain, dernier à migrer vers la TNT, soit mis à profit par les Etats pour rattraper leur retard, cueillir au bond toutes les opportunités offertes par le numérique et mettre à la disposition des ménages des chaînes de télévision de qualité et à moindre coût.

Anselme Akeko

(Source : CIO Mag, 17 juin 2015)

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