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Système de dédouanement Orbus : Angoisse et déprime chez les transitaires « ambulants »

mardi 3 juillet 2012

Désormais, grâce à Internet, le papier est banni dans le processus de dédouanement. Orbus qui est passé par là met des centaines, voire davantage de jeunes transitaires ambulants sous la menace d’un chômage forcé.

10 h au Môle 2. Au rendez-vous, le soleil, de plus en plus enflammé, l’air marin parasité par les senteurs de gasoil, les pétarades des véhicules. Et surtout les vrombissements des motos. A l’entrée du poste de douane, épicentre des lieux, un monde fou. En face, s’alignent des « boutiques » aux enseignes parfois fantaisistes. A l’intérieur, un homme assis devant un ordinateur, le « terrible » outil des temps modernes. Ces « boutiques » sont des haut-lieux de dédouanement. Des transitaires aux affaires parfois florissantes sont établis sur les lieux. Comme les rutilantes voitures garées en sont les indices. Et c’est de l’autre côté que se jouent les enjeux du Môle 2. Un fleuve de motos garées et prêtes à bondir avec leur maître rappelle les images que la télé nous renvoie du Burkina Faso ou du Mali. Combien sont-ils ce matin ? « Peut-être 100 », s’efforce de dramatiser Abdou Kanté. Il fait partie de ces nombreux jeunes qui vivent du processus de dédouanement. Kanté dramatise puisqu’il sait l’objet de notre visite sur les lieux. Marié et père de deux enfants, Abdou fréquente le Môle 2 depuis 6 ans. Le démarrage effectif de Orbus a, confesse-t-il, fragilisé son sommeil de jeune marié. « Et je ne suis pas seul, regarde, tous sont dans la même angoisse », lance-t-il, appuyant ses propos par un geste ample. Suffisant pour attirer le regard de ce jeune prêt à bondir sur sa moto. Il avait déjà capté quelques bribes de ma conversation avec Abdou Kanté. « Mon grand, je t’en prie, écris-le dans ton journal : l’alternance commence mal au port ! » « Pour les beaux yeux d’un groupement d’intérêt économique, on sacrifie des milliers de jeunes ! », tonne Kanté, une chemise cartonnée bleue coincée à l’aisselle gauche. Ici, on aura beau vanter les performances du système de dédouanement Gaïndé sans émouvoir personne. Du moins, quelques-uns de ces « milliers » de jeunes transitaires « ambulants ».

Sortis des écoles de transit qui ont pignon sur rue à Dakar, ces « ambulants » tirent leur épingle du jeu en se transformant en colporteurs de dossiers de dédouanement. Leur travail consiste à faire le tour des administrations, scotchés à la selle de leur moto et dossiers de dédouanement en main, jusqu’à la levée de la marchandise. Leurs employeurs ? Eux aussi sont des « transitaires ambulants », faute d’agrément. Il faut, en effet, 60 millions de FCfa pour entrer dans le cercle fermé des quelque 200 maisons de transit reconnues au Sénégal. Ce sont ces « transitaires ambulants » qui les recrutent et les lancent dans le circuit où leurs journées sont parfois bouffées par le rabattage. Plus accessibles, ces jeunes « ambulants » débusquent parfois de la clientèle pour leur patron. Payés par semaine, Abdou Kanté gagne jusqu’à 50. 000 FCfa par semaine. Son flair de rabatteur peut lui rapporter autant ou davantage. Dans ce « beurre » qui s’apprête à fondre sous ce soleil ardent de juin des Môle 2 et 8, nombreux sont ces « ambulants » au niveau d’instruction insoupçonné. « Il y a des bacheliers, des licenciés et même des maîtrisards formés en transit qui exercent ce travail, faute d’être embauchés », témoigne Assane Mbodj, « transitaire ambulant ». Un seul concept est arrivé et le monde s’effondre pour eux. Dématérialisation. Orbus en est l’incarnation physique.

Désormais, il n’est plus nécessaire de colporter des dossiers d’une administration à l’autre. Grâce à Internet, plus question de papiers pour dédouaner. L’application douanière Orbus 2000 lancée officiellement le 12 mai 2004 à Dakar, il est, alors, présenté par Cheikh Hadjibou Soumaré, à l’époque ministre délégué chargé du Budget, comme un outil qui permet à des démembrements de l’administration de communiquer entre eux dans le cadre de leur travail de tous les jours mais aussi, une passerelle électronique entre l’Administration et ses usagers. Il en présidait la cérémonie de lancement. Dans ce nouveau binôme, plus de place pour ces jeunes en moto qui squattent les Môle 2 et 8 du Port autonome de Dakar. Seulement, depuis le 1er juin dernier, Orbus est devenu le passage obligé. Le trajet Cotecna, Orbus, Cotecna, Orbus puis douane effectué par le jeune transitaire ambulant n’est plus de mise. Du coup, alerte Assane Mbodj, les éléments passeurs de pièces, les enleveurs de containeurs et les collecteurs de documents, tous de jeunes transitaires ambulants, deviennent inutiles. L’internet est là pour faire ce travail. « Mais il est là aussi pour déshumaniser la société », philosophe Abdou Kanté.

Non, tempère l’administrateur général du Gie Gaïnde 2000 (Orbus) Ibrahima Nour Eddine Diagne (voir par ailleurs interview). « C’est juste une nécessité de se mettre aux normes, parce qu’on parle beaucoup de facilitation dans les échanges et le Sénégal veut avoir un environnement des affaires de classe internationale ». Interpellé le 22 mai dernier en marge de la cérémonie de lancement du système de paiement électronique des droits de douane, sur la menace qui plane sur ces « ambulants », le directeur général des douanes, Mouhamadou Makhtar Cissé s’est fait plus concret. « Ils (les ambulants) avaient du papier, ils ont une machine, maintenant, c’est tout ! ». Il précise sa pensée en laissant entendre qu’il y aura toujours un transitaire assis devant sa machine pour faire la déclaration et le paiement. « C’est le support qui change, mais la réalité de l’opération est là. Il faudrait qu’ils se reconvertissent ! », prévient le Dg des douanes. C’est, semble-t-il, le même conseil que Mouhamadou Makhtar Cissé aurait donné à un « dignitaire » des milieux transitaires. « Dites aux jeunes de se reconvertir », lui aurait-il chuchoté à l’oreille pour amortir les effets collatéraux de l’entrée en application effective de Orbus. N’empêche, chez ces victimes expiatoires ( ?) on soupçonne un « deal » opéré en haut lieu du temps de la gouvernance Wade.

Premier visé, Karim Wade. On le considère, à tort ou à raison, comme étant au cœur de cette affaire « juteuse » qui lui permet, en dépit de la défaite des libéraux le 25 mars dernier, d’avoir la haute main sur une des mamelles financières les plus importantes du pays. La même source informe que Wade, au départ réticent, a fini par succomber au charme d’Orbus. Des adversaires du projet, il y en a eu, selon la même source. Mais, ils sont soit tombés (Armand Jean-Jacques Nanga, ancien Dg des douanes ?) soit affectés (ces têtes brûlées partisan du syndicalisme douanier ?). Pourtant, ce 12 mai 2004, l’ancien Dg Douanes, aujourd’hui inspecteur général l’Etat était élogieux vis-à-vis de Orbus. « La célérité dans le traitement des transactions commerciales et financières constitue un impératif de premier ordre pour la compétitivité de nos entreprises et surtout un instrument d’incitation et de promotion des investissements au Sénégal », avançait-il ajoutant que cet outil de travail visait à réduire les délais de traitement des formalités, améliorer l’efficacité des traitements effectués par les administrations publiques et à inscrire le Sénégal dans la dynamique des standards internationaux en matière d’échange. Une chose semble sûre, ce que faisaient 7 personnes dans une maison de transit, 2 suffisent pour le réaliser. En quoi Cheikh Ndoye, « transitaire », lance, révolté : « Karim Wade est toujours là ! »

« Orbus n’est pas Dieu ! »

En janvier dernier, les transitaires de l’Aéroport Léopold Sédar Senghor et Orbus, le nouveau système de collecte électronique de documents au Sénégal avait des rapports tendus. Le casus belli provenait de la tarification portée à 14.000 FCfa pour les frais de chaque dossier. Ce qui n’était pas pour plaire aux transitaires qui ont crié à « l’escroquerie ». Un renchérissement que le directeur de la communication et du marketing Amadou Mbaye Diop de Orbus lie à l’environnement de dématérialisation. Aujourd’hui, le malentendu semble dépassé. Pour autant, Assane Mbodj, « transitaire » trouve le « bijou » lent et voit le scandale dans le fait qu’il est contrôlé par un Groupement d’intérêt économique (Gie). Lui aussi dénonce la tarification « trop chère », les pannes récurrentes et la performance largement en-deçà de celle du Gaïndé classique. Comme on le voit, Orbus a encore du chemin à faire avant de convaincre Assane et compagnie.

Hamidou Sagna

(Source : La Gazette, 3 juillet 2012)

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