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Regard d’un « Magum Këur » sur le monde numérique, monde d’une génération à advenir

mardi 22 avril 2014

Le Sénégal vit depuis quelques jours une semaine nationale dite "de solidarité numérique". Impossible de le rater, notre pays a l’art de "thêatraliser" le moindre évènement pour des raisons plus ou moins avouées...

Pour ce coup, l’Agence de l’informatique de l’Etat (ADIE)à la manœuvre aura bien joué sa partie en faisant participer le secrétaire général de l’UIT, (Union internationale des Télécommunications), la plus ancienne des institutions de l’ONU puisqu’elle a été créée au 19ème siècle dès que la première télécommunication, le télégraphe, a passé les frontières des États, donc avant la Société Des Nations (SDN), ancêtre de l’ONU.

L’objectif était de réglementer l’utilisation du télégraphe entre pays : le secrétaire général de l’UIT est le patron de la gouvernance mondiale des télécommunications.

L’UIT dont le secrétaire général est malien, africain donc pour ne pas dire africaniste, est un organisme tout à la fois de coopération, de développement, de réglementation, de normalisation du secteur des télécommunications dans lequel travaillent avec une collégialité exemplaire les experts de tous les pays, de toutes les entreprises publiques ou privées, institutions, universités, qui veulent en être membres.

Elle définit des périodes d’études animées par des groupes de toute origine et dans une parfaite synergie, ce qui offre à tous les pays qui font l’effort d’y participer l’opportunité d’opérer des choix optimum de développement et d’opter pour les meilleures pratiques dans le domaine.

Le Sénégal se faisait un devoir de participer à ses travaux par le biais de ses administrations publiques qu’étaient l’OPT et Télésénégal, ce qui contribuait à la qualité de l’expertise nationale.

L’ambition affichée de l’UIT, " Engagée à connecter le monde" , en dit long sur son programme et son secrétaire général s’est fait un devoir de mobiliser tout son leadership pour que l’Afrique soit présente aux rendez-vous du futur qui se dessinent, notamment "la société des connaissances" en construction.

La société des connaissances évoquée par le secrétaire général de l’UIT n’est autre que le lieu du fameux "rendez-vous du donner et du recevoir" cher à notre défunt président-poête et que le village planétaire qu’est devenu le monde rend possible.

Être connectée est pour l’Afrique un passage obligé pour être de ce rendez-vous, aussi l’initiative de l’ADIE ne pouvait être occultée par Mr Touré qui s’est dit très attentif et certainement très fier des avancées remarquables réalisées ces dernières années par une entreprise de la sous région, notre opérateur historique Sonatel.

Initiative qui vient à son heure soutenir une autre initiative présidentielle celle là de connecter les Sénégalais, tous les Sénégalais sans exclusive : "l’Etat a des ambitions politiques d’éduquer ses citoyens !" dixit le président Macky Sall faisant oeuvre d’un leadership qui vient à son heure.

Le Sénégal a déjà mal négocié cette opportunité qu’a été le dividende démographique, une population très jeune, 65% dit-on, qu’un bon système éducatif aurait pu transformer en un avantage décisif certain pour sortir du sous-développement.

Il s’agit aujourd’hui de tirer parti du moteur de croissance qu’est l’Internet pour rattraper le coup et permettre à cette jeunesse de disposer d’outils efficients de formation, mais aussi aux autres couches laborieuses de moyens de perfectionner leur art afin de mettre toute la population dans les conditions d’améliorer elle-même son mieux-être.

C’est en cela, la capacité d’agréger les énergies, que l’internet peut apporter sa contribution pour booster le Plan Sénégal Emergent.

Il est patent que tout le monde n’a pas les ambitions d’un chef d’Etat engagé à satisfaire les besoins souvent élémentaires pour ne pas dire primaires de populations à qui la réalisation des OMD ne suffira pas à offrir tout le mieux-être espéré.

Ambitions qui ne sont pas celles des managers de grands groupes de télécommunications engagés à satisfaire les désirs de leurs actionnaires dont le seul objectif est le bon rendement de l’action en bourse.

A cet égard, les organisations de travailleurs qui se battent pour que l’emploi soit préservé sonnent l’alerte avant que l’opérateur historique national Sonatel ne soit vampirisé dans un système de management engagé à littéralement dématérialiser l’entreprise : l’externalisation et la délocalisation seront passées par là à côté des suppressions de postes de travail.

Toutes les autorités devraient être plus attentives encore plus les organisations patronales à cet appel qui transcende le caractère habituel de simples revendications syndicales et pose rien moins que la problématique de la sauvegarde du patrimoine national qu’est Sonatel et il n’y a rien d’exagéré dans le propos.

Autres ambitions affichées, celles là bien plus légitimes, de ces acteurs de l’économie nationale soutenus par leur organisation patronale et engagés pour leur part à porter leur contribution à la richesse nationale à 20% contre 10% ces derniers années. La préférence nationale, le patriotisme économique, l’intérêt national commandent, serait-ce

contre les intérêts d’un pays lié par une "amitié" plus que tricentenaire dont l’un des grands leaders disait que "les pays n’ont pas d’amis, ..." , de donner à ce bel élan de générosité l’occasion de s’exprimer.

La belle saga des "dix années pionniers", les dix glorieuses de Sonatel qui ont suivi sa création, ont démontré s’il en était besoin qu’il ne faut pas désespérer de l’expertise nationale, ...à condition de bien l’encadrer.

C’est grâce à cet encadrement de l’Etat faut-il le rappeler que, bénéficiant d’un management hors pair, Sonatel a pu transformer en success story toutes les opérations qu’elle a engagées jusque au delà des frontières du pays.

Seulement, il faudra bien demander au préalable à ces acteurs qui réclament leurs parts du marché "des comptes et mécomptes" sur l’exploitation de la licence d’opérateur du service universel attribuée au Consortium du Service Universel CSU.

Pour faire simple, à quand la mise en service du réseau pilote de Matam en chantier depuis 2010 ? Quand est-ce que retentira le "Hayo" Halpular promis dans les récepteurs des mobiles ?

En effet, le marché national des télécommunications connaît déjà un quatrième opérateur bénéficiaire d’une licence dite de service universel qui cible la desserte des zones laissées pour compte par les opérateurs nationaux.

La licence de service universel découle d’une politique sectorielle très innovante de l’Etat ayant pour objectif la réalisation du service universel de télécommunications, la garantie d’un libre accès au service dans le proche environnement de toute localité isolée , une réelle démocratisation des services de télécommunications, avec comme levier le fonds de développement du service universel, le FDSUT.

Le marché national devrait pouvoir connaître d’autres licences de SUT si la phase pilote du réseau de Matam s’avère probante ; seulement, l’ARTP, le gendarme du marché, n’a pas ou a très peu communiqué sur ce projet capital pour nos PME/PMI...

C’est dire que la conclusion péremptoire de la conférence commanditée par Orange sur l’arrivée d’un quatrième opérateur sur le marché jure d’avec les orientations nationales retenues d’hier à aujourd’hui par les autorités.

Ceux qui sont attentifs au jeu de concurrence très âpre menée sur notre continent par les grands groupes de télécommunications y verront ni plus ni moins une tentative de conserver une rente de situation bien confortable dans notre pays à travers le contrôle de notre opérateur national Sonatel. L’autre dira, parlant des APE, "les pratiques habituelles de l’Europe avec l’Afrique".

Le marché national des télécommunications ne souffre même pas d’un déficit de régulation : le rôle de notre gendarme du marché est cantonné à la publication périodique de statistiques sur des chiffres fournis par les opérateurs, ce que l’ANSD (Agence nationale de la statistique) saurait mieux faire.

L’absence de régulation a eu pour effet de figer l’opérateur historique Sonatel dans une confortable position dominante sinon de monopole : l’immobilisme, c’est l’équilibre des pouvoirs institués dit-on.

Le manque de volonté dans la mise en oeuvre de mesures d’autorégulation classiques sur la portabilité des numéros ou la sélection du transporteur, le dégroupage de la boucle locale ou mieux le roaming national a participé à cet immobilisme.

Cette situation ne pourra jamais produire la baisse escomptée sur les tarifs en faveur des consommateurs sauf à autoriser de nouvelles licences d’opérateurs.

D’une manière générale, l’Etat, brésilien ou américain soit-il, est dans son rôle régalien d’intervenir chaque fois que le système disfonctionne et quel que soit le domaine, télécommunications ou finances (cf crise de 2008).

Et le segment Internet qui n’a pas décollé aura été le plus impacté par cette situation : la douzaine de fournisseurs d’accès des débuts s’est réduit comme une peau de chagrin.

La belle aventure exotique de Metissacana est emblématique de la galère des pionniers qui ont voulu construire un business avec l’Internet comme facteur.

L’opérateur historique disposant seul d’une infrastructure non partagée jusque chez le client, les progressions significatives notées dans ce segment n’ont pu l’être qu’avec l’arrivée du haut débit de deuxième puis de troisième génération sur le mobile.

Simple effet de mode avec l’avènement des smartphones, beaucoup plus un effet de levier sur les ventes de terminaux mobiles qu’un effet lié à un usage de l’Internet comme levier de croissance.

Le Sénégal ayant été connecté depuis le début des années 90 durant ses "années pionniers", on aura ici glandé pendant près d’une vingtaine d’années dans un domaine qui aurait pu recruter davantage parmi les jeunes.

Qui plus est avec un environnent qui a connu une floraison de multiples écoles et autres institutions d’enseignement supérieur.

L’on comprend mieux dès lors la pertinence de l’intervention de l’Etat déterminé à réaliser l’Internet pour tous, un coup de tonnerre dans le monde numérique qui peut signer le retour du leadership de notre pays dans le secteur des télécommunications. Une avancée, une contribution majeure dans l’offre de service universel que l’UIT ne manquera pas de noter au crédit de notre pays.

Momar Gassama

(Source : Sud Quotidien, 22 avril 2014

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