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Perte de revenus des opérateurs face aux OTT : Des solutions pour stopper l’hémorragie

mercredi 22 mai 2019

Les soucis des opérateurs classiques face à la concurrence des Ott sont compréhensibles, estime Amadou Ly, ingénieur en télécommunications et réseaux et membre du collège de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes du Sénégal (Artp). Cependant il pense que des pistes de solutions existent pour stopper l’hémorragie subie par les opérateurs.

Une Ott ou over-The-Top service est un service sur internet (audio, vidéo, Sms et autres médias) qui se fait sans la participation d’un opérateur de réseau classique dans le contrôle et la distribution du contenu, mais qui consomme de la bande passante. Les Ott les plus connus au Sénégal sont Whatsapp, Viber, Messenger, Skype… Un service Ott est fourni à travers les réseaux d’un opérateur mobile, ce qui est vécu par les opérateurs classiques comme une concurrence déloyale. Un opérateur classique comme la Sonatel a enregistré 20 milliards de FCfa de perte en 2018 à cause de ces Ott. Selon son directeur général, Sékou Dramé, 2/3 des appels internationaux entrants se font via les Ott. La percée des Ott a perturbé la quiétude des opérateurs téléphoniques, grignotant progressivement sur leurs revenus. En 2015, la voix (appels téléphoniques) et les Sms portaient 95 % des revenus des opérateurs, rappelle Amadou Ly, ingénieur en télécommunications et réseaux et membre du collège de l’Artp.

« Pendant ce temps, en Europe, on était autour de 50 %. Et les perspectives sont encore plus inquiétantes. On estime qu’en 2020, les opérateurs sénégalais, en tout cas africains, verront leurs chiffres tomber jusqu’à 31% sur les segments voix et Sms, le reste étant capté par les autres services », prévient-il.

Avec l’avènement des terminaux Smartphones et des Ott qui sont favorisés par le développement du très haut débit, de la 4G, les opérateurs voient leurs revenus sur la téléphonie baisser considérablement. Ce qui les oblige à investir massivement sur les réseaux, les infrastructures pour non seulement répondre aux exigences des cahiers de charges imposés par les régulateurs des Etats pour une bonne qualité de service également par les consommateurs qui sont de plus en plus gourmands en qualité de service , ajoute M. Ly.

L’arrivée des Ott a comme conséquence une augmentation considérable du trafic, au grand dam des opérateurs. Et pourtant, ce sont ces mêmes opérateurs qui investissent pour améliorer l’état de ce trafic, mais « s’il n’y a pas de qualité de service, le premier réflexe, c’est de dire que le réseau n’est pas bon. Alors qu’en réalité, ces réseaux, on les bombarde de flux de communication qu’ils sont obligés de redimensionner pour faire face aussi bien à leurs propres demandes ainsi que celles des consommateurs. On voit donc clairement que les Ott ne sont pas soumis aux mêmes règles que les opérateurs classiques. Ils ne payent pas de licence et ne payent pas souvent de taxes et impôts sur les revenus de leur société puisque ce sont des opérateurs qui ne sont pas maîtrisés physiquement. D’ailleurs, en Europe, notamment en France, ils sont en train d’essayer de contraindre les opérateurs à payer des taxes et impôts », explique Amadou Ly.

L’Etat à la rescousse

Cependant, des pistes de solutions existent pour faire souffler les opérateurs. Il faut d’abord que les opérateurs procèdent à une réinvention des pistes de marketing, afin d’approcher leurs clients et proposer des offres illimitées comme c’est le cas en Europe, suggère l’ingénieur en télécommunications. « Si les opérateurs commencent à être plus attractifs, on ira jusqu’à banaliser la voix. Ensuite, on peut proposer des tarifs sur le data (données). Cela suppose qu’il faut investir massivement pour avoir une bande passante intéressante afin de faciliter l’accès aux données. La bande passante est fondamentale parce que c’est la sortie. Tant qu’on ne la développe pas, l’internet va toujours coûter cher », poursuit Amadou Ly.

La réinvention des métiers est aussi essentielle tout en s’accordant à travailler sur les offres voix data classique pour proposer des offres innovantes tels que les Ott le font. Les Etats devraient accompagner déjà par des incitations fiscales et/ou en diminuant certaines charges lors de l’acquisition de l’équipement, estime M. Ly. L’Etat peut aussi accompagner dans la fiscalité et en poussant globalement les Ott à investir, pour arriver à une réglementation à laquelle tout le monde adhère.

« On peut aller jusqu’à créer des liens entre les opérateurs Ott et les opérateurs classiques. C’est l’exemple de Netflix et Google. Parce qu’il ne faut pas perdre de vue que les Etats ont des actions chez les opérateurs classiques », suggère-t-il.

Même s’il trouve difficile de parvenir à un équilibre, M. Ly estime qu’il est possible d’envisager une taxe. « On peut, par exemple, demander à tous les opérateurs Ott chez lesquels les Sénégalais ont des comptes, de contribuer pour un Euro par utilisateur par an. Ce sera de l’argent qui va aider le numérique tout en aidant les Startups à contribuer à l’économie du pays. Ce que les opérateurs classiques disent, c’est qu’ils sont quasiment les seuls à supporter les contraintes des Etats, et ils n’ont pas tort », plaide-t-il.

Oumar Fédior

(Source : Le Soleil, 22 mai 2019)

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(Facebook, Juin 2019)