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Passeport numérisés : Le parcours du combattant des demandeurs

mardi 15 janvier 2008

Depuis le 27 décembre 2007, le Sénégal a basculé dans le passeport numérique. Mais, obtenir ce document de voyage n’est pas une promenade de santé pour de nombreux Sénégalais. Un tour à la Direction des Passeports l’illustre parfaitement.

Assise à même le sol, Nguer Attenar, tout de blanc vêtue, a l’air fatigué et préoccupé. A quelques pas d’elle, toujours sur les allées Ababacar Sy de Dieupeul, Mamadou Lamine Bâ, barbe poivre sel, est un homme désemparé. Elle, vient de Saint-Louis. Lui se dit, fièrement, originaire de Mbour. Depuis maintenant plus de deux semaines, ils font le pied de grue devant les bureaux de la direction des passeports et titres de voyage. Pour les mêmes raisons : obtenir le précieux sésame qui leur permettra de sortir et d’entrer au Sénégal -par avion- en toute légalité. Seulement, à l’image des quelque 22.000 autres Sénégalais dont les demandes sont en attente de traitement dans les bureaux de cette institution, Nguer et Bâ s’expliquent difficilement sur ce qui leur arrive. « A Saint-Louis où j’ai déposé depuis le 11 juin, on m’a dit que c’est à Dakar que je dois récupérer mon passeport. Je viens ici (Ndlr Dakar) les agents me disent que le serveur n’a pas identifié mon nom. Dites-moi : dans quel pays sommes -nous », déclare indignée, les larmes aux yeux, Nguer Attenar qui souligne que depuis deux semaines elle fait les va et vient entre Saint-Louis et Dakar. Dans ce Sénégal, conclut-elle, les gens ne travaillent pas. Son ami de circonstance, Mamadou Lamine Bâ, lui, essaie de situer l’origine des lenteurs notées dans la livraison des passeports. Et c’est pour « accuser les agents de certaines pratiques ». « Depuis le mois de mai, je cours derrière ce passeport. Pourtant, j’ai vu personnellement des gens qui ont déposé avant moi et qui ont reçu leur passeport. Je ne comprends pas », argumente-t-il non sans ajouter qu’il est bien d’avoir des ambitions, mais faudrait-il en avoir les moyens de les concrétiser. Nguer Attenar et Mamadou Lamine Bâ ne sont pas des cas isolés.

Depuis le lancement des passeports numérisés par le président de la République, le 27 décembre 2007, la direction des passeports, coincée entre l’Eglise des Martyrs de l’Ouganda et la Police de Dieupeul, est le point de ralliement des milliers de Sénégalais. Tous les jours, quittant parfois les régions les plus reculées du territoire national, ils y viennent vers 2h du matin, sûrs de retourner, le soir, sans le précieux document. Yaya Sabaly, originaire de Pata, dans la région de Kolda, illustre parfaitement le calvaire que vivent ces nombreux candidats à ce titre de voyage. « J’avais une invitation avec un contrat de travail pour l’Espagne. Mais, courant toujours derrière mon passeport, l’invitation a expiré la semaine dernière », lance dépité et le visage amaigri le jeune Sabaly. « Si nous étions dans un pays de droit, j’allais porter plainte et obtenir gain de cause », estime t-il.

Modou-Modou et Baol-Baol ravissent la vedette

Parmi les passeports ou les dossiers en cours de traitement à la Direction des passeports, nombreux appartiennent, sans nul doute, aux Modou-Modou et Baol-Baol. Le visiteur qui se rend ces temps qui courent à la Direction des passeports peut le remarquer aisément. Notamment à travers les conversations et l’habillement. Ici, ça discute dans toutes les langues. Parfois même dans une même conversation, les interlocuteurs sautent d’une langue à une autre sans difficulté majeure. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça marche bien. Autres traits distinctifs, leur manière de s’habiller. La majorité des demandeurs de passeports sont en costumes. Ou en « grand boubou ». Le tout accompagné par des chaînes et des bracelets en or. Plus que tous les Sénégalais, ils sont le plus concernés par les passeports.

Comme les autres, eux aussi sont frappés par les lenteurs notées dans la livraison des documents de voyage. « Cette situation ne peut plus continuer. L’Etat doit prendre ses responsabilités et régler le plus rapidement possible cette situation », lance Birame Sène, plus de dix ans en Italie. Idem pour sa concitoyenne Nabou Aïdara. Pour elle qui a passé plus de 15 ans en France, la Direction des passeports doit ouvrir des centres en Europe. « C’est la seule manière de régler ce problème », confesse-t-elle.

Abdoulaye Diallo

(Source : Le Soleil, 15 janvier 2008)

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