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Le Sénégal teste l’ e-CFA, vers une monnaie unique en Afrique au grand dam d’Orange Money ?

dimanche 15 janvier 2017

Alors que les banques centrales africaines (ABCA) se sont réunies en mars 2016 à Dakar (Sénégal), au siège de la Banque Centrale des États de l`Afrique de l`Ouest (BCEAO), en vue de préparer l’arrivée de la monnaie unique du continent africain, la banque centrale régionale émet depuis le 12 janvier dernier une nouvelle monnaie électronique dénommée « e-CFA ». Disponible dans un premier temps uniquement au Sénégal – le franc CFA ayant bien évidemment toujours cours légal - cette devise numérique sera à terme en vigueur dans tous les pays de l’UEMOA (Union économique et Monétaire Ouest Africaine), sous réserve que son succès se confirme. L’objectif s’avère en tout premier lieu de faciliter les échanges et l’intégration économique de la zone.

Conformément à une réglementation sur la monnaie électronique éditée par la BCEAO, la Banque régionale de marché (Brm) sera chargée d’émettre l’e-CFA. Cette nouvelle devise électronique sera valable sur toutes les plates-formes de paiement électronique et pourra transiter aussi bien par les ordinateurs, les tablettes que les téléphones portables … Et ce, au grand dam de Orange avec son produit Orange Money ? les Sénégalais étant habitués à régler bon nom de factures telles que dépenses d’électricité et même carburants (dans les stations Total) via du crédit téléphone, ce dernier étant devenu dans le pays une véritable monnaie d’échange.

Les commerçants possédant un terminal adéquat pourront accepter le paiement via l’e-CFA ou payer eux-mêmes leurs fournisseurs. Si cette monnaie électronique est acceptée par un grand nombre, ce sera la fin progressive du billet de banque physique, habitude qu’avait déjà préparé le « concept » commercialisé à travers Orange Money. Reste que pour l’heure, il ne s’agit que d’un stade expérimental.

Cette monnaie a été initiée par Jonathan Dharmapalann, ancien d’Ernest & Young et fondateur d’e-Currency Mint limited. Ayant son siège en Irlande, la startup a mis en place l’e-cfa, en collaboration avec la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest. (BCEAO). Cette monnaie numérique se veut différente du bitcoin, la première devise numérique, car elle est émise par une banque centrale.

« Il s’agit d’un billet numérique qui peut s’échanger comme un billet physique émis par une Banque centrale, » explique ainsi Jonathan Dharmapalan. « Pour réaliser une transaction, vous pouvez débiter un compte bancaire et en créditer un autre, ou bien vous pouvez échanger physiquement un billet de 10 dollars ou 10 euros qui passera de votre main à la mienne. Nous avons créé une technologie qui permet cet échange-là de manière numérique, » détaille-t-il.

Pour éviter les faux, les billets physiques seront marqués d’un filigrane et d’un numéro de série, les billets e-cfa seront sécurisés numériquement par un code cryptographique. Selon Serigne Diakhoumpa du Fonds souverain des investissements stratégiques du Sénégal, la monnaie électronique devrait permettre de mieux maîtriser les transactions financières pour lutter contre la corruption.

Orange Money permet pour sa part de déposer de l’argent sur un compte associé à un numéro de mobile, pour ensuite accéder à une gamme de services, notamment transfert d’argent domestique et international, paiement de factures (eau, électricité, télévision, téléphonie, frais de scolarité …) et achat de crédit téléphonique.

Pour alimenter son compte, l’utilisateur peut se rendre dans un point de vente Orange Money pour y déposer des espèces, recevoir de l’argent d’un autre utilisateur par transfert ou même recevoir son salaire directement sur son compte, ce qui n’est pas rare dans un pays où une faible partie de la population dispose d’un compte bancaire. Les professionnels (entreprises ou auto-entrepreneurs) ont également la possibilité d’accepter les paiements réalisés par Orange Money avec un compte entreprise.

Orange s’est également associé à des banques (BNP Paribas, Ecobank, Bank of Africa, Microcred) pour permettre aux clients détenteurs d’un compte bancaire de transférer leur argent facilement et à tout moment entre leur compte bancaire et leur compte Orange Money (et vice versa) depuis leur mobile.

Reste que l’Institut d’étude de la finance numérique, Helix, a toutefois récemment publié un rapport sur la fraude liée à la « mobil money », un moyen de transférer de l’argent de portable à portable. L’institut attire l’attention sur le fait que cette fraude est adaptable à tous les systèmes financiers. « L’élimination progressive des billets physiques ne permet pas d’y échapper à 100% », soutient Elisabeth Berthe, directrice adjointe du réseau Hélix.

« Leur technologie à l’origine est assez sûre, mais dès qu’on ajoute des niveaux, des systèmes en plus, cela ouvre des vulnérabilités. Ces six derniers mois, on a vu deux bons exemples de monnaies numériques fiables qui ont été attaquées et ont perdu beaucoup. En août dernier, le bitcoin a perdu 75 millions de dollars et près de 20 % de sa valeur, et son concurrent, Ether, a perdu 50 millions de dollars, à cause d’une vulnérabilité dans leur code », a-t-elle poursuivi.

Le Sénégal est le deuxième pays africain, après la Tunisie avec son e-dinar, à avoir lancé sa monnaie numérique.

Selon le Fonds Monétaire International, à l’heure actuelle, environ 2 milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès à des services financiers de base. La plupart sont pauvres et une grande proportion, africaine. Au Sénégal, la part de la population détenant un compte en banque a plus que doublé entre 2011 et 2014 pour avoisiner 12 %. Toujours selon le FMI, même avec la banque mobile, seulement 34 % de la population adulte africaine a accès à des services bancaires, dans l’UEMOA, le taux n’est même que de 18 %.

Au Kenya, le service de paiement mobile M-PESA est devenu partie intégrante de l’économie de marché et s’étend aux pays voisins. Au cours des 10 dernières années, la proportion de Kenyans qui n’ont pas accès aux services financiers est tombée de 41 à 17 %. Aujourd’hui, un dispositif d’épargne mobile offre aussi des crédits à la consommation.

« Globalement, il est intéressant à mes yeux de noter que c’est une compagnie de télécommunication qui a joué un rôle essentiel dans le développement du système de banque mobile au Kenya. Dans d’autres pays, c’est le secteur bancaire. Je suis donc très curieux d’entendre votre avis sur ce qui serait le meilleur moyen de développer ces services » avait déclaré en septembre 2016 Mitsuhiro Furusawa, Directeur Général Adjoint du Fonds Monétaire International, dans le cadre de son discours « Promouvoir l’inclusion financière en Afrique de l’Ouest ».

Elisabeth Studer

(Slurce : Le blog Finance, 15 janvier 2017)

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